Ce qui change : les résultats de notre enquête

Merci aux 120 enseignants qui ont répondu à notre questionnaire !

58 % d’entre vous sont enseignants dans des grandes écoles, 24 % dans des universités et 22 % dans des centres de langue.

Nous vous présenterons ce sondage en 3 parties :
  • ce qui a changé dans votre pédagogie en 6 points, ce billet et le suivant,
  • les dispositifs techniques que vous avez utilisés (post à venir en septembre),
  • et enfin ce que vous pensez de l’avenir de votre métier de professeur de langues après ces deux mois exceptionnels (post de conclusion peu de temps après).

1- Les pratiques pédagogiques en ligne ne sont jamais en décalage complet avec les pratiques habituelles en classe. 

Certains ont pu être frustrés à l’oral ou à l’écrit, selon leur propre pédagogie “spontanée” en présentiel, mais chacun a retrouvé en ligne son style pédagogique, sa “posture” préférée.

Expression orale en interaction et CO plus importantes que d’habitude.versus  Moins de focus sur l’oral et plus sur l’écrit

2- Unanimement vous constatez la surcharge de travail, et surtout celle du travail en amont du cours.

Il est évident que le passage à la distance met l’improvisation, la spontanéité hors jeu : tout doit être scénarisé à l’avance. Le plan de cours devient incontournable. Chercher des ressources, les trier, scénariser les cours, se préoccuper de l’alignement pédagogique  : c’est l’ingénierie pédagogique qui prend ici toute son importance. Le temps de formalisation devient plus important : expliciter la démarche et le cadrage pédagogiques à l’étudiant, soigner ses consignes, prévoir tous les aléas du cours en cas de problèmes techniques.

3- Distance physique ne signifie pas distance sociale

C’est la grande surprise pour beaucoup d’entre vous : cette période de confinement a rapproché les enseignants et les étudiants. Situation exceptionnelle, angoisse partagée qui stimule la solidarité ? Le fait est que  vous êtes nombreux à avoir vécu des moments de grande intensité. Preuve que l’enseignement à distance ne signifie pas l’absence de contact et de communication et que la présence est une notion plus compliquée qu’elle ne paraît.

Le contact est plus personnel et nous pouvons davantage entrer en interaction avec chacun de nos étudiants qu’en classe en présentiel. Car tous les étudiants sont à distance égale du professeur avec les cours en ligne alors qu’en classe certains sont plus discrets au fond de la salle.

Plus “intime”, j’ai présenté mon chat pour travailler en A1 les présentations, pris des éléments de ma cuisine pour le vocabulaire, encore plus actionnel malgré le confinement !

“Plus de focus sur les plus discrets en cours. En distanciel, ils se sont révélés plus actifs, je les ai découverts.”

“Rapports plus personnels, chaleureux, dialogue plus facile avec ceux qui en cours présentiel sont timides”. 

“Il y a une solidarité face à la situation. Les étudiants sont plus reconnaissants ; il se rendent compte de l’effort fourni par l’enseignant pour assurer la “continuité pédagogique”.

4- Mais le corps manque 

Indiscutablement, la dimension physique du métier d’enseignant fait cruellement défaut. Ne plus voir vraiment les visages, ne plus capter les expressions,  ne plus pouvoir sentir les synergies se créer dans la classe et être impuissant à les mobiliser est mal vécu, car toute complicité est en partie empêchée par les écrans dispersés. Et comment demander à un prof de langues de rester cloué sur sa chaise et de ne pas circuler entre les étudiants  ?  Dans ce constat on oublie pourtant la voix. La voix d’une personne est aussi importante que son visage, aussi singulière, pourquoi ne pas s’y appuyer davantage dans un cours à distance ? La radio, le podcast gagnent du terrain…

Sur Zoom, l’enseignant est un homme ou une femme “tronc” : on voit, au mieux, le haut du corps. Il/elle est la plupart du temps statique et les gestes sont très limités. On passe du 3D au 2D avec une perte évidente de présence. En cas de partage de l’écran (p. ex. pour montrer un document ou un powerpoint), l’enseignant s’efface presque complètement. C’est presque pire côté étudiants qui sont parfois réduits à une voix quand il faut couper la vidéo pour des raisons techniques. Les réactions sont moins spontanées parce qu’il faut éviter que plusieurs personnes parlent en même temps. Dans l’ensemble les relations sont moins naturelles, plus statiques, avec une perte très significative du non-verbal (langage corporelle, émotions,)”.

“La grande différence est que je me repose habituellement beaucoup sur le langage corporel et que c’est impossible en visio (trop mauvaise connexion pour utiliser les caméras). Et cela me manque beaucoup.”

C’est justement une forme d’intelligence collective qui m’a manqué, la façon dont avance un cours sans qu’on puisse le prévoir à l’avance grâce aux remarques des uns et des autres, l’outil numérique ne permet pas de saisir cette dimension.

5- Une fausse solution : la relation personnelle

Face aux difficultés d’organisation des séances de groupe, on peut préférer “coacher”, et maintenir un bon niveau de communication avec certains étudiants motivés ou plus autonomes. D’une part, ce mode d’enseignement devient très vite impossible à tenir car il s’avère extrêmement chronophage, d’autre part il néglige les potentialités du groupe et laisse de côté les plus faibles.

“Certains élèves peinent beaucoup à suivre, et à trouver leur motivation face à la machine, et le fait qu’ils passent leurs journées collés à l’écran. Je pense qu’il faudrait accorder plus de temps en contact face à face avec chaque élève, pour comprendre ses difficultés.”

“Au fur et à mesure du confinement, j’ai une tendance à prioriser le rapport personnel : j’ai une tendance à penser que je maîtrise mieux mon cours ou mon activité en parlant à la personne et pas au groupe.”

“La relation individuelle est devenue le mode de communication prioritaire, c’est bien, mais trop lourd à gérer avec le temps.”

6- Une découverte de la puissance de certains outils collaboratifs

Si un grand nombre d’enseignants semble avoir recours aux outils classiques (mails, cours organisés sur une plateforme de type MOODLE, recours à des devoirs écrits), certains utilisent avec bonheur des outils collaboratifs et sont agréablement surpris de leurs potentialités. Padlet, Googleform, Googleslide, Framapad sont des outils précieux, apprenons à les utiliser !  Ils permettent au groupe de s’exprimer, au besoin avec de mini-vidéos. Les outils vont évoluer et on va trouver des solutions visuelles fortes pour combler en partie l’absence de corps.

On utilise beaucoup plus un Google doc partagé (qui fait office de tableau partagé) pour centraliser toutes les ressources (document à préparer avant).

“ Le fait d’utiliser un document sur lequel tout le monde peut intervenir permet aux apprenants de travailler ensemble plus efficacement. Pas de perte de temps pour aller au tableau, pas de problème de visibilité.”


Évaluer en ligne

Vous avez eu beaucoup à dire sur cette question : avec l’évaluation apparaît en fait la logique de votre enseignement : comment vous avez demandé à vos étudiants de fournir les preuves de ce que vous avez appris ensemble. Et comment l’avez-vous fait de façon différente à distance ? C’est ce que nous allons voir dans le prochain billet…

Ce qui a changé : évaluer à distance

Avez-vous eu l’impression d’évaluer de façon différente pendant cette période de confinement  ?

Différentes conceptions de l’évaluation

Pour les enseignants de langues la question de l’évaluation ne s’est pas posée dans les mêmes termes que pour les enseignants d’autres disciplines, en particulier les disciplines scientifiques. En effet, très souvent en langues il ne s’agit pas d’évaluer des connaissances,  mais des compétences de compréhension et d’expression écrite et orale mises en œuvre dans des projets individuels ou de groupe.  Productions écrites, productions multimédia, portfolios, journaux de bord ont été couramment utilisés pendant cette période de confinement .

On a retrouvé les pratiques du présentiel,  certains enseignants privilégiant une évaluation formative pour étayer les processus d’apprentissage, d’autres se focalisant sur des évaluations sommatives avec un travail final ou avec des quiz.

Dans tous les cas, la période a obligé chacun à se poser des questions fondamentales et à établir des critères explicites d’évaluation.

Je me pose beaucoup de questions sur l’évaluation de la partie orale, sur la partie écrite (rédaction, exercices divers) je me suis donnée plus de règles et de critères qu’avant.

Les modes d’évaluation choisis par les enseignants ou imposés par les institutions ont donc été fortement interrogés à cette occasion. Selon que l’on privilégiait l’évaluation formative ou l’évaluation sommative, les constats ne sont pas les mêmes.

“Pas de changement. Les grilles d’évaluation (ou d’observation) que j’utilise sont les mêmes à distance ou en présentiel.”

“Beaucoup, il a fallu repenser ma façon d’évaluer et l’adapter (privilégier l’évaluation par projet, l’auto-évaluation, l’évaluation par les pairs )”

Évaluer c’est aussi rassurer

Ainsi a-t-on beaucoup insisté sur la dimension structurante et affective de l’évaluation : La bienveillance, le refus de sévérité sont souvent invoqués. 

“On est obligé d’être plus indulgents dans certains cas (impossibilité de faire tout le travail demandé faute de connexion ou de conditions de travail difficiles) et plus durs dans d’autres quand on pense qu’ils se sont fait aider (traduction sur Google, etc…)”

Cependant certains enseignants déplorent une perte de maîtrise sur la classe et appréhendent avec méfiance les outils en ligne.

Je ressens un besoin d’être plus stricte, car notre visualisation et notre confiance dans l’être humain sont dégradées par l’usage des technologies nouvelles.”

C’est tout l’édifice construit par des habitudes pédagogiques qui s’est trouvé ébranlé, et la faiblesse du système de notation plus ou moins arbitraire est apparue à bon nombre d’enseignants. Ainsi des questions essentielles en didactique des langues font-elle ici retour.

“Quelles compétences évaluer sans le corps ? “

Changement car manque le paraverbal ( gestes, déplacement de l’élève, regard, posture…) bref, la communication non verbale, très importante en langue.”

Pourtant, sans le corps, bon nombre de certifications en langues sont plébiscitées par les écoles, faut-il le rappeler, et une grande partie des formations linguistiques appelle à développer et à évaluer des compétences plus cognitives, qui engagent très peu la gestuelle, ce qu’on appelle l’interaction interculturelle, l’empathie ou la présence personnelle globale.

Pourquoi cet élément, au cœur de l’échange dans une langue étrangère, se manifeste-t-il justement lorsqu’il manque ?  Et surtout, pourquoi des outils comme la visioconférence en sont-ils rendus responsables ? Ne serait-ce pas le manque d’expérience qui crée des limitations sur les potentialités des outils ?  Bon nombre de joueurs vidéos en ligne sont parfaitement capables de “communiquer” avec une qualité de présence intense, de sentir les partenaires, d’anticiper sur les comportements dans un groupe.

Rien n’a changé, si ce n’est que la compétence “CONVERSER”, qui exige de l’interaction à plusieurs, ne peut pas être évaluée dans les conditions actuelles.”

Avec un peu plus de temps et de formation, il est sans doute possible d’évaluer toutes les compétences avec autant de “fiabilité” qu’en présentiel. Les compétences d’interaction sont-elles si difficiles à dégager lors d’une séance de visio ? Si les échanges se passent entre pairs et si l’enseignant est dans une posture de spectateur, d’accompagnateur,  il n’est pas interdit de le penser.

Penser autrement le “naturel” et le médiatisé

L’ambiance de la classe est un milieu auquel chacun tient, qui est associé au naturel, à la spontanéité et à la confiance alors que tout ce qui intercède- outils, écrans, écrits échangés- dégrade, affaiblit les relations humaines.  C’est un postulat admis de tous qui peut être nuancé.

Tous les capteurs sensoriels qu’un enseignant développe dans sa classe pour deviner les attentes, anticiper les difficultés, pousser les énergies paraissent très impuissants à saisir ce qui se passe derrière les écrans mais n’’est-ce pas faute d’expérience ? Peut-on développer une attention à l’autre  qui se passe du corps ? C’est tout un champ de recherche et de réflexion didactique qui demande à être exploré.

Technologie et distance = triche ?

Les outils de traduction, le recours à internet font partie de ces outils qui faussent l’évaluation pour certains enseignants. Les dangers de triche, de plagiat sont souvent évoqués et questionnent la façon dont les enseignants de langues évaluent leurs étudiants.

“Reste la tentation pour beaucoup d’étudiants du recours aux outils (dictionnaire/traducteur) qui biaisent largement l’évaluation, une vraie question qui demande à repenser les modalités d’évaluation.”

“J’évalue une partie en direct pour l’oral et beaucoup de correction écrite sans savoir si c’est leur propre travail”.

Peut-être en effet faut-il renoncer à ces modes d’évaluation qui enferment les apprenants dans une logique de connaissances, grammaticales ou lexicales à “recracher”, alors qu’il est possible, surtout en cours de langue, de demander une expression singulière à l’écrit ou à l’oral à l’aide de tous types de “secours” en ligne… N’évalue-t-on pas une compétence de compréhension ou d’expression écrite ou orale “ en situation” , c’est à dire dans un contexte où chacun dans sa vie quotidienne peut faire appel avec son smartphone à toutes sortes de prothèses qui l’aident à simplement comprendre et à exprimer le plus finement possible ce qu’il veut dire ?

Vaste question sur laquelle nous reviendrons probablement pour des ateliers !

La défense du plurilinguisme – le cas de l’allemand

Le 1er février, les professeurs d’allemand au sein de l’UPLEGESS se retrouvaient pour leur journée de rencontre annuelle. Le temps de faire le point sur l’enseignement de l’allemand dans le supérieur.

La très nette prédominance de l’anglais comme langue d’enseignement et de travail dans toutes les Grandes Écoles de Management et dans un nombre croissant d’Ecoles d’Ingénieurs laisse peu de place au plurilinguisme. Il existe un risque, notamment pour l’allemand, d’être supplanté par l’anglais lors des stages et séjours académiques effectués par nos étudiants dans les pays germanophones.

Continuer à apprendre l’allemand après le bac n’est plus du tout une évidence face à d’autres choix ou impératifs : commencer l’apprentissage d’une autre langue jugée plus « attirante » (chinois, portugais du Brésil, …) et ouvrant les portes à des séjours lointains, ou se concentrer entièrement sur l’anglais pour valider le score TOEIC exigé pour la diplomation. « Il faut proposer quelque chose de spécial, qui sort de l’ordinaire », dit Ruth Doulain-Bachmann, enseignante à la Faculté des Sciences économiques de l’université Rennes 1 qui propose un double diplôme avec l’université d’Augsbourg. En licence comme en master, les étudiants passent une année dans l’université partenaire. L’originalité à Rennes consiste en un programme de préparation (baptisé ECLA (!) : Economie, Culture et Langue Allemandes) qui propose des cours d’allemand mais aussi des enseignements d’économie en allemand, dispensés par des enseignants-chercheurs de l’université partenaire. Ce double diplôme profite du soutien financier de l’Université franco-allemande (UFA), un organisme qui regroupe presque deux cents établissements de l’enseignement supérieur proposant 185 cursus intégrés binationaux.

C’est également le cas du double diplôme franco-allemand proposé par NEOMA Business School en association avec ESB Reutlingen, une des meilleures écoles de management en Allemagne. Dans le cadre du programme CESEM, les étudiants passent deux années consécutives à Reims, puis deux années à Reutlingen durant lesquelles Allemands et Français se côtoient au quotidien, formant une seule promotion. Les étudiants effectuent également un stage en entreprise dans chacun des deux pays. Ursula Klein-Hessling, coordinatrice des cours d’allemand au sein du CESEM, souligne l’avantage sur le marché de l’emploi d’un profil clairement défini et distinctif alors qu’aujourd’hui beaucoup de bacheliers hésitent à s’engager dans une spécialisation et préfèrent les cursus plus généralistes.  « Un programme tel que le CESEM fait la différence sur un CV. Il existe depuis plus de quarante ans et jouit d’une solide réputation auprès des entreprises », explique Ursula. « L’avantage pour les étudiants est également financier puisqu’ils reçoivent une bourse mensuelle de l’UFA. »

À défaut de la quantité, l’allemand mise sur la qualité des enseignements et la rareté des germanophones profite aux étudiants avec un bon profil franco-allemand. En effet, la demande sur le marché de l’emploi en France est en augmentation : hormis l’anglais, l’allemand était requis dans 52,2 % des offres d’emploi en 2018 contre 46 % l’année précédente, et occupe toujours très nettement la première place devant l’espagnol et l’italien.

Mais à l’utile, il faut joindre l’agréable. Après la « Freude am Fahren », le plaisir de conduire Made in Germany, viendra peut-être à nouveau la « Freude am Deutschlernen »*, avec ou sans stage chez BMW.

*le plaisir d’apprendre l’allemand

ANDREA KATZENBERGER.

Hommage à Luis Sepulveda

HOMENAJE A LUÍS SEPÚLVEDA, Mariluz Di TULLIO

El UPLEGESS rinde homenaje al gran escritor chileno Luis Sepúlveda, fallecido el 16 de abril 2020, a los 70 años, a consecuencia del corona virus.

Contador de apasionantes relatos, les invitamos a recordarlo leyéndolo como lo hacía el “Viejo que leía novelas de amor”, su famosa novela :

Leía lentamente, juntando las sílabas, murmurándolas a media voz como si las paladeara, y al tener dominada la palabra entera la repetía de un viaje. Luego hacía lo mismo con la frase completa, y de esa manera se apropiaba de los sentimientos e ideas plasmados en las páginas. Cuando un pasaje le agradaba especialmente lo repetía muchas veces, todas las que estimara necesarias para descubrir cuan hermoso podía ser también el lenguaje humano.

Fue un gran defensor del Amazonas y de la causa indígena, compartiendo un período de su vida con los Shuar en las selvas del Perú y Ecuador. Su compromiso fue plasmado en sus obras a través de la narración lo que le llevó a decir:

Narrar es resistir, y es lo que he hecho siempre. Y resistir no solamente las injusticias, sino también la estupidez que a veces amenaza con imponerse en todos lados.

Deleitémonos con el inicio de su relato poético : “Noche en la selva Aguaruna”

No conozco a ese hombre que se detiene a la orilla del río, que respira hondamente y sonríe al reconocer los aromas que viajan en el aire. No lo conozco, pero sé que ese hombre es mi hermano.

 

 

Ese hombre que sabe que el polen viaja prendido a la arbitraria voluntad del viento, más confiado y soñando con la fértil tierra que lo espera, ese hombre es mi hermano.

 

 

 

Y sabe muchas cosas mi hermano. Sabe, por ejemplo, que un gramo de polen es como un gramo de sí mismo, dulcemente predestinado al lodo germinal, al misterio del que se alzará vivo de ramas, de frutos y de hijos, con la bella certeza de las transformaciones, del comienzo inevitable y del necesario final, porque lo inmutable encierra el peligro de lo eterno y sólo los dioses tiene el tiempo para la eternidad.

 

 

Ese hombre que empuja su canoa sobre la playa de fina arena, y se prepara a recibir el milagro que cada atardecer en la selva abre las puertas del misterio, ese hombre es necesariamente mi hermano.

 

Mientras la sutil resistencia de la luz diurna se deja vencer amorosamente por el abrazo de las penumbras, lo escucho musitar las palabras justas que su embarcación merece: “te encontré cuando eras apenas una rama, limpié el terreno que te rodeaba, te protegí del comején y la termita, orienté la verticalidad de tu tronco y, al tumbarte para que fueras mi prolongación en el agua, por cada golpe de hacha marqué también una cicatriz en mis brazos.

Luego, ya en el agua, prometí que juntos continuaríamos el viaje empezando en tu tiempo de semilla. He cumplido. Estamos en paz.

 

 

HOMMAGE À LUIS SEPÚLVEDA

L’UPLEGESS rend hommage au grand écrivain chilien Luis Sepúlveda, décédé le 16 avril 2020 à l’âge de 70 ans des suites du corona virus.

Conteur d’histoires passionnantes, nous vous invitons à le lire comme le faisait « Le vieil homme qui lisait des romans d’amour », son roman le plus connu :

Il lisait lentement, rassemblant les syllabes, les murmurant à voix basse comme s’il les dégustait, et ayant maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait de même avec toute la phrase, et de cette façon, il s’appropriait des sentiments et des idées incarnés dans les pages.

Lorsqu’il aimait particulièrement un passage, il le répétait plusieurs fois, autant qu’il le jugeait nécessaire pour découvrir à quel point le langage humain pouvait être beau.

C’était un grand défenseur de l’Amazonie et de la cause indigène, partageant une période de sa vie avec les Shuar dans les forêts  C’étaitdu Pérou et de l’Équateur. Son engagement se reflète dans ses œuvres à travers la narration, ce qui l’a amené à dire :

Raconter, c’est résister, et c’est ce que j’ai toujours fait. Et résister non seulement aux injustices, mais aussi à la stupidité qui menace parfois de prévaloir partout.

Délectons-nous du début de son récit poétique : “Nuit dans la jungle d’Aguaruna”

Je ne connais pas cet homme qui s’arrête au bord de la rivière, qui respire profondément et sourit en reconnaissant les arômes qui voyagent dans l’air. Je ne le connais pas, mais je sais que cet homme est mon frère.

 

 

Cet homme qui sait que le pollen voyage attaché à la volonté arbitraire du vent, plus confiant et rêvant de la terre fertile qui l’attend, cet homme est mon frère.

 

 

Et mon frère sait beaucoup de choses. Il sait, par exemple, qu’un gramme de pollen est comme un gramme de lui-même, doucement prédestiné à la boue germinale, au mystère dont il s’élèvera vivant des branches, des fruits et des enfants, avec la belle certitude des transformations, du début inévitable et de la fin nécessaire, car l’immuable contient le danger de l’éternel et seuls les dieux ont le temps pour l’éternité. 

 

 

Cet homme qui pousse son canoë sur la plage de sable fin, et se prépare à recevoir le miracle que chaque soir dans la jungle ouvre les portes du mystère, cet homme est forcément mon frère.

 

 

Alors que la subtile résistance de la lumière du jour est amoureusement vaincue par l’étreinte des ombres, je l’entends murmurer les bons mots que mérite son bateau : “Je t’ai trouvé quand tu n’étais qu’une branche, j’ai nettoyé la terre autour de toi, je t’ai protégé des termites, j’ai orienté la verticalité de ton tronc et, en t’allongeant pour que tu sois mon extension dans l’eau, à chaque coup de hache, j’ai aussi marqué une cicatrice sur mes bras. Puis, déjà dans l’eau, j’ai promis qu’ensemble nous continuerions le voyage en commençant pendant ta période de semence. J’ai tenu parole. Nous sommes en paix.

Quelle éthique pour l’ingénieur ?

Jörg Eschenauer : Présentation du livre de  Laure FLANDRIN et Fanny VERRAX

Quelle éthique pour l’ingénieur ?, Editions Charles Léopold Mayer, Paris 2019

Publié en partenariat avec Ingénieurs sans frontières, Ecole Centrale de Lyon, Sciences Citoyennes et UPLEGESS

Les Editions Léopold Charles Mayer viennent de publier un livre qui deviendra certainement très rapidement une référence incontournable pour le domaine de la formation des ingénieurs et des managers. Il s’agit du livre « Quelle éthique pour l’ingénieur ? » de Laure Flandrin et de Fanny Verrax, enseignantes-chercheuses en SHS et en philosophie. Partageant avec certains de leurs élèves de l’INSA de Lyon et de l’École Centrale de Lyon « l’intuition que le monde a moins besoin d’être techniquement réparé que politiquement transformé » (page 7),  les deux auteures s’attachent à « redéfinir l’éthique au-delà de l’anthropologie néolibérale » en considérant « l’ingénierie comme une profession-frontière » (page 8). Le livre est divisé en trois parties : 1) « Une éthique intégrée à l’entreprise », 2) « L’ouverture de l’éthique de l’ingénieur aux enjeux sociotechniques » et 3) « L’extension de l’éthique de l’ingénieur aux enjeux environnementaux ». Ainsi est brossé dans ce livre remarquable et très pédagogique un tableau complet des défis auxquels l’ingénieur est aujourd’hui inévitablement confronté.

Définissant l’ingénieur en tant que « partie prenante de la démocratie technique » (pages 149 – 170) L. Flandrin et F. Verrax lui attribuent un rôle central dans la « transition écologique »  en le mettant sur une trajectoire de « dépassement des limites de l’ingénierie par la démocratie écologique » (pages 225 – 240). La particularité spécifique de l’action de l’ingénieur est ainsi clairement identifiée : elle se situe au carrefour de « l’entreprise, de la société et de la nature ». La tâche éthique proactive de l’ingénieur face à cet entrecroisement de trois sphères complexes est de toute évidence « difficile et même paradoxale » puisque elle doit en permanence prendre en compte « l’irréversibilité des choix techniques ».

Inutile de souligner que cet ouvrage représente aussi une ressource extrêmement riche pour nos cours de langue, et pas seulement de Français Langue Etrangère mais pour tous les cours thématiques et séminaires en quelque langue que ce soit. Faire résonner (‘raisonner’) les concepts éthiques entre les langues permet de sentir et d’expérimenter les différences sémantiques et ainsi de mieux comprendre in fine les écarts de sens que nous offrent de telles analyses plurilingues.

Le livre se termine avec une conclusion courageuse. Les auteures osent attribuer à l’ingénieur le rôle « vertueux en gardien du pluralisme » (pages 257 – 262). Vision irréalisable voir irréaliste diront les uns, postulat urgent car nécessaire diront les autres. C’est l’avenir de l’humanité qui jugera lequel des deux avis était mieux adapté aux défis sociétaux de notre modernité tardive.

Jörg Eschenauer

 

des talents + une carte = la Cartotalents ou un réseau pédagogique dynamique

“La Cartotalents offre la possibilité d’identifier et de contacter directement ses collègues enseignants pour explorer et échanger des pratiques pédagogiques et plus globalement d’aborder la question du développement pédagogique.
Elle est ouverte à tous les enseignants et tous les acteurs du développement pédagogique de l’enseignement supérieur francophone et… s’inscrit dans l’objectif de créer un collectif de talents pédagogiques.”

Voici un bel espace d’échanges et d’ouverture interdisciplinaire – développé par Nathalie Leneveu, chef de projet de la cartographie, conseillère pédagogique à l’IMT Atlantique – que nous vous proposons de découvrir et même de rejoindre…

L’occasion alors de se poser des questions sur ses pratiques et ses choix pédagogiques parmi les nombreux items proposés au moment de créer son profil…


@ de Nathalie L.  “Assistez à des webinaires thématiques animés par vos pairs”
jeudi 14 novembre 

de 13h00 à 13H45

Philippe Lépinard vous parlera de ludopédagogie

Pour en savoir plus, c’est ici. L’inscription est obligatoire. Limité à 20 personnes.

vendredi 29 novembre 

de 12h30 à 13h15

Michèle Archambauld vous parlera dintégration du numérique dans un parcours hybride de formation

Pour en savoir plus, c’est ici. L’inscription est obligatoire. Limité à 20 personnes. 

vendredi 13 décembre  Yannis Karamanos vous parlera dhybridation à d’aide de mini projets

Pour en savoir plus, c’est ici. L’inscription est obligatoire. Limité à 20 personnes

vendredi 17 janvier Jean-Charles Cailliez vous parlera de classe inversée et renversée

Information à venir

Vous souhaitez partager vos pratiques d’enseignement dans le cadre d’un webinaire ? Ou encore suggérer des pairs qui ont des initiatives à partager, écrivez à contact@cartotalents.fr

Retour en mots et en images sur la journée d’études du 21 mars

Avant de nous retrouver à Albi pour notre congrès, nous vous offrons un peu de lecture et de visionnage sur cette journée d’études très dense et enrichissante – du groupe de travail langues de la commission formation de la conférence des grandes écoles – qui a marqué le mois de mars en abordant de manière très concrète la place du plurilinguisme dans nos écoles, en particulier sur les enjeux de l’internationalisation et de l’apprentissage des langues-cultures de nos futurs ingénieurs-managers.

lien vers les vidéos et les compte-rendus

Université d’été – BELC du CIEP

L’université d’été – BELC du CIEP ouvre ses portes comme chaque année en juillet 2019 à Nantes. Elle s’adresse à tous les professionnels de l’éducation et du français exerçant en France ou à l’étranger : enseignants, coordinateurs et responsables pédagogiques, chargés de communication, ou directeurs de centre de langues. Un vaste choix de formation avec 96 modules de 15h, dans quatre domaines : enseigner, former, évaluer, piloter.

Le programme complet est en ligne :

Quinzaine A (du 1er au 12 juillet)
Quinzaine B (du 15 au 26 juillet)

Inscriptions jusqu’au 10 juin 2019.

La première publication de l’UPLEGESS : l’Ingénieur citoyen

Depuis 2017, l’Uplegess envisage la publication d’un ouvrage annuel à partir d’une sélection des communications des Congrès et avec les apports de conférenciers.

Un premier ouvrage intitulé L’Ingénieur citoyen est ainsi paru en 2018 aux Presses des Ponts. Il traite des synergies entre l’enseignement des langues, les cultures et les sciences humaines dans la formation de l’ingénieur du XXIe siècle.

Les auteurs s’interrogent sur le statut actuel des pratiques transversales et interculturelles. Certains réfléchissent sur les enjeux communs aux langues et sciences humaines et sociales face à la mondialisation, d’autres présentent des expériences sur le terrain qui font état de cette synergie et d’autres proposent des résultats d’enquêtes et des recherches qui démontrent la nécessaire « dynamique relationnelle » entre la dimension interculturelle et la réflexion éthique.

Pour en savoir plus et commander le livre : Éditions Presse des Ponts

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