{"id":45,"date":"2011-04-20T12:17:37","date_gmt":"2011-04-20T12:17:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gestasso.com\/association\/tousmecenesenmidi-pyrenees\/?p=45"},"modified":"2011-04-20T12:17:37","modified_gmt":"2011-04-20T12:17:37","slug":"melanie-gautier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.kananas.com\/tousmecenesenmidi-pyrenees4168\/2011\/04\/20\/melanie-gautier\/","title":{"rendered":"MELANIE GAUTIER"},"content":{"rendered":"<p>CELLULE 719 : HYPNOTIQUE ?<br \/>\nIl y avait du monde, 65, avenue de Fronton, les 14 et 16 avril pour assister \u00e0 la repr\u00e9senation de Cellule 719. Et pourtant ! Certains de nos m\u00e9c\u00e8nes, rares heureusement, ayant eu vent que le sujet pouvait \u00eatre difficile, nous avaient fait part de leur appr\u00e9hension \u00e0 s&rsquo;y confronter, voire de leurs r\u00e9ticences.<br \/>\nNous aurions aim\u00e9, d\u00e9passant leurs freins, qu&rsquo;ils soient avec nous. Quelle d\u00e9couverte !<br \/>\nLes passion\u00e9s connaissaient peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 Dario FO et Franca RAME. Dans leurs textes forts chaque mot, pr\u00e9cis, p\u00e8se et frappe. Impossible de n&rsquo;en encaisser ni le poids, ni le choc.<br \/>\nMais la d\u00e9couverte, pour nous, ce fut d&rsquo;abord M\u00e9lanie GAUTIER.<br \/>\nL&rsquo;auteur de ces lignes manque de r\u00e9f\u00e9rences : qu&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 ces deux monologues (\u00ab\u00a0Moi, Ulrike, je crie !\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0C&rsquo;est arriv\u00e9 demain\u00a0\u00bb) s&rsquo;ils n&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 choisis, mis en sc\u00e8ne et interpr\u00e9t\u00e9s par M\u00e9lanie GAUTIER ?<br \/>\nCette interrogation n&rsquo;a de r\u00e9ponse que dans le pressenti. En forme d&rsquo;\u00e9vidence : ces textes ne se donnent pas. Ceux qui les mettent en sc\u00e8ne doivent avoir en eux ce qu&rsquo;a M\u00e9lanie GAUTIER, de m\u00eame que ceux qui les jouent.<br \/>\nLe rideau de fer se ferme en grin\u00e7ant. Une douche de lumi\u00e8re blanche \u00e9claire le blanc. Il y a peu : pos\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol de b\u00e9ton, cinq ou six accessoires blancs mat\u00e9rialisent les reliefs d&rsquo;un repas blanc parce qu&rsquo;il est perp\u00e9tuellement le m\u00eame, ind\u00e9fectiblement le m\u00eame, d\u00e9pourvu de ce qui est susceptible de colorer les sens : l&rsquo;asepsie chromographique pour l&rsquo;asepsie sensitive.<br \/>\nImaginer la vie en noir et blanc nous semble plut\u00f4t facile. Mais en blanc seulement ! Que du blanc ! Toujours.<br \/>\nLe corps habill\u00e9 de bandelettes blanches, recroquevill\u00e9e face \u00e0 ces objets blancs, Ulrike MEINHOF s&rsquo;anime. Lentement. Dans son isolement carc\u00e9ral o\u00f9 le blanc n&rsquo;est jamais couleur au point que la nuit est bannie et le temps abrog\u00e9, elle nous fait comprendre, apr\u00e8s nous avoir fait douter, qu&rsquo;elle ne sombrera pas dans la folie. Sa r\u00e9volte est intacte. Elle n&rsquo;est dupe de rien.<br \/>\nElle sait que sa r\u00e9sistance \u00e9reintera ceux qui veulent sa destruction int\u00e9rieure, psychologique ; sa mort psychiatrique. Ils seront contraints \u00e0 la faire basculer autrement dans le noir absolu !<br \/>\nPendant vingt cinq minutes, Ulrike MEINHOF nous oblige \u00e0 la regarder et \u00e0 l&rsquo;\u00e9couter. A un m\u00e8tre d&rsquo;elle nous sommes l\u00e0, yeux grands ouverts, bouche b\u00e9e pour quelques uns, m\u00e2choires serr\u00e9es pour d&rsquo;autres, captiv\u00e9s, captur\u00e9s, tenus. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9chappatoire. Nul n&rsquo;en cherche. Embarqu\u00e9s.<br \/>\nRien d&rsquo;haletant, non ! Le sujet est grave. Le public est grave. Mais il n&rsquo;est pas franchement mal \u00e0 l&rsquo;aise. Peut \u00eatre car ses pens\u00e9es, plurielles, sont parall\u00e8les : Ulrike MEINHOFF et M\u00e9lanie GAUTIER. L&rsquo;une et l&rsquo;autre. Pas une fusion.<br \/>\nIl s&rsquo;impose, en m\u00eame temps que le texte vient \u00e0 nous, que la com\u00e9dienne d\u00e9livre son art : mise en sc\u00e8ne, pr\u00e9sence, gestuelle, diction, authenticit\u00e9, justesse, force et trouble du regard, ma\u00eetrise. On a parl\u00e9 \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9pure\u00a0\u00bb. Epur\u00e9 serait plus juste. Les questionnements, les craintes, les doutes, les remises en question de la com\u00e9dienne, per\u00e7us en filigrane, ont \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s au tamis. Puis au filtre plus fin.<br \/>\nCe qu&rsquo;a retenu la maille serr\u00e9e est \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9cueil\u00a0\u00bb ; ce qu&rsquo;elle a laiss\u00e9 passer est ce que (je) nous avons ressenti : un envahissement de nous.<br \/>\nM\u00e9lanie GAUTIER ne nous a pas laiss\u00e9 le temps de nous en lib\u00e9rer. Le d\u00e9part d&rsquo;Ulrike, deux minutes d&rsquo;absence insuffisantes \u00e0 nous permettre d&rsquo;apprivoiser nos \u00e9motions, c&rsquo;est aussi le changement de d\u00e9cor. Elle a emport\u00e9 le blanc pour c\u00e9der la place \u00e0 Irmgard M\u00d6LLER.<br \/>\nUne chaise, un projecteur, pantalon et pull noir. Voil\u00e0 tout.<br \/>\nLa confirmation que le noir est bien une couleur aux vertus \u00e9tonnamment apaisantes. Il le fallait ! Plus qu&rsquo;un jeu c&rsquo;est une narration. Vingt minutes d&rsquo;un r\u00e9cit qui devrait bouleverser car il est celui de l&rsquo;ex\u00e9cution clandestine par des gardiens, en prison, de quatre d\u00e9tenus. Mais la cruaut\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme teint\u00e9e d&rsquo;amateurisme, de maladresse, ne choque pas tant que cela ! Le sang. Couleur plus famili\u00e8re que le blanc implacable. Le sang d&rsquo;Irmgard M\u00d6LLER gicle, coule, colle, colore sous les coups d&rsquo;une lame qui prolonge un bras anonyme. La perception confuse des bruits, le t\u00e9moignage auditif, ouat\u00e9 et terrible de l&rsquo;assassinat des autres. La conscience que la vie s&rsquo;\u00e9chappe et, apr\u00e8s tout : c&rsquo;est fait !<br \/>\nC&rsquo;est \u00e0 ce sentiment de d\u00e9livrance, d&rsquo;\u00e9vasion, peut \u00eatre, que nos \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me se sont nourris, raccroch\u00e9s, pour se soustraire \u00e0 l&rsquo;horreur d\u00e9crite.<br \/>\nPourtant la vie, ce fil d&rsquo;autant plus t\u00e9nu que le sang ne cesse de se r\u00e9pandre sans id\u00e9e que cela puisse s&rsquo;arr\u00eater, ne rompra pas. Irmgard raconte, elle ne mourra donc pas.<br \/>\nLe texte, la mise en sc\u00e8ne : un story-board ! Invit\u00e9s \u00e0 inventer les images, les visages, l&rsquo;espace, le sonore, chacun de nous les a plaqu\u00e9s aux mots que M\u00e9lanie GAUTIER a dit sobrement : pas de plainte, pas de r\u00e9volte, peu de gestes. Sa voix emplissante, comme son regard, rel\u00e8vent d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&rsquo;apparente \u00e0 l&rsquo;hypnose.<br \/>\nL&rsquo;impression qui en reste est celle d&rsquo;un moment heureux.<br \/>\nJe veux dire : remarquable.<br \/>\nSidne CRINCHABOU<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CELLULE 719 : HYPNOTIQUE ? Il y avait du monde, 65, avenue de Fronton, les 14 et 16 avril pour assister \u00e0 la repr\u00e9senation de Cellule 719. Et pourtant ! 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