{"id":1710,"date":"2019-11-22T16:31:25","date_gmt":"2019-11-22T15:31:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kananas.com\/uplegess\/?p=1710"},"modified":"2024-04-06T12:35:18","modified_gmt":"2024-04-06T10:35:18","slug":"remarques-conclusives-jean-claude-beacco","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.kananas.com\/uplegess\/2019\/11\/22\/remarques-conclusives-jean-claude-beacco\/","title":{"rendered":"Remarques conclusives \u2013 Jean-Claude Beacco"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Remarques conclusives \u2013 Jean-Claude Beacco<\/strong><\/h3>\n<p>Les organisateurs de cette rencontre ont bien voulu me confier la responsabilit\u00e9 de tirer, \u00e0 chaud et sans beaucoup de recul, comme vous pourrez le constater, quelques enseignements de l\u2019ensemble des communications qui y ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es. Je ne m\u2019aventurerai certes pas \u00e0 en produire une synth\u00e8se et je me limiterai \u00e0 vous proposer quelques r\u00e9actions, dont certaines sont probablement fort subjectives.<br \/>\nLa premi\u00e8re constatation est celle d\u2019une grande richesse et diversit\u00e9 des dispositifs institutionnels et d\u2019ing\u00e9nierie des formations en langues qui prennent en compte de mani\u00e8re centrale la diversit\u00e9 linguistique dans le cadre de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Ces bonnes pratiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es et sont mises en \u0153uvre aussi bien par des universit\u00e9s que par des \u00e9tablissements sup\u00e9rieurs d\u2019un autre type. Elles sont particuli\u00e8rement pr\u00e9sentes dans les IUT et les Grandes \u00c9coles (pour la France) qui ont mis au point des cursus plurilingues en r\u00e9ponse aux r\u00e9alit\u00e9s linguistiques des domaines professionnels, mais aussi pour une \u00ab formation humaniste \u00bb des ing\u00e9nieurs et des techniciens sup\u00e9rieurs, dimension importante de leur pr\u00e9paration \u00e0 la vie active.<br \/>\nLa probl\u00e9matique de la gouvernance linguistique est particuli\u00e8rement pertinente pour les \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur et les universit\u00e9s, car ils disposent, de mani\u00e8re variable suivant les contextes et les statuts, d\u2019une certaine autonomie de d\u00e9cision : ils inscrivent leurs actions dans le cadre des politiques publiques, mais peuvent les adapter en fonction de leurs caract\u00e9ristiques propres. Ce sont des acteurs \u00e0 part enti\u00e8re des politiques linguistiques, au m\u00eame titre que les associations culturelles, les familles ou l\u2019enseignement de premier et de second degr\u00e9. Le champ de la gouvernance linguistique est large : il va de la formation des enseignants de langue aux sites des \u00e9tablissements, de l\u2019accueil des \u00e9tudiants Erasmus et du recrutement des enseignants aussi sur des crit\u00e8res linguistiques aux politiques de recherche de nature sociolinguistique sur les langues du territoire proche. Comme attendu, tous ces aspects ne sont pas \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9s dans cette rencontre qui s\u2019est focalis\u00e9e sur ce qui nous est le plus familier, \u00e0 savoir les dimensions plurilingues de l\u2019enseignement et de la recherche.<br \/>\nGouvernance est un n\u00e9ologisme d\u00e9j\u00e0 ancien, qui ne s\u2019est pas constitu\u00e9 seulement comme r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des bonnes pratiques d\u2019organisation et de gestion, mais qui comporte aussi des dimensions \u00e9thiques de responsabilit\u00e9 partag\u00e9e et de projet collaboratif. La mise en circulation de ce terme s\u2019explique \u00e0 la fois par des r\u00e9occupations \u00e9conomiques de synergie et d\u2019\u00e9conomie de moyens &#8211; dans un espace id\u00e9ologique n\u00e9o lib\u00e9ral &#8211; , mais aussi par des pr\u00e9occupations relatives \u00e0 la coh\u00e9sion sociale des organisations et \u00e0 la prise en compte des personnes dans leurs capacit\u00e9s cr\u00e9atives.<!--more--><br \/>\nM\u00eame si l\u2019on ne dispose pas de donn\u00e9s fiables, il est possible de constater, d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages dont il a \u00e9t\u00e9 fait \u00e9tat dans cette rencontre, que la gouvernance linguistique des \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur n\u2019est pas v\u00e9ritablement assum\u00e9e et qu\u2019elle ne constitue que rarement une question g\u00e9n\u00e9rale sur laquelle r\u00e9fl\u00e9chir collectivement. Actuellement, la gouvernance linguistique se r\u00e9duit \u00e0 une politique bab\u00e9lienne (terme que j\u2019emprunte \u00e0 une communication) constitu\u00e9e d\u2019un ensemble mal raccord\u00e9 des d\u00e9cisions \u00e9parses, prises au niveau des d\u00e9partements, des \u00e9quipes de recherche, voire des personnes. Ces initiatives sont des r\u00e9ponses \u00e0 des opportunit\u00e9s de collaboration entre \u00e9tablissements ou sont fond\u00e9es sur des croyances ; elles rel\u00e8vent grandement de la \u00ab navigation \u00e0 vue \u00bb, car cette accumulation des choix linguistiques dispers\u00e9s et parfois contradictoires n\u2019entre pas dans un projet global d\u2019\u00e9tablissement. Ce laisser-faire refl\u00e8te l\u2019id\u00e9e r\u00e9pandue que les questions de langues sont secondaires ou ne m\u00e9ritent pas discussion.<br \/>\nLe traitement des questions de langues s\u2019effectue dans le cadre du march\u00e9 mondial des connaissances qui fait que l\u2019\u00e9ducation sup\u00e9rieure est entr\u00e9e \u00e0 son tour dans une \u00e9conomie de march\u00e9, comme en t\u00e9moigne, par exemple, l\u2019essor des universit\u00e9s priv\u00e9es. Une des cons\u00e9quences est que les institutions sont attentives \u00e0 \u00e9largir leur bassin de recrutement, en particulier en attirant des \u00e9tudiants \u00e9trangers, m\u00eame si cela n\u2019est pas rendu n\u00e9cessaire par la d\u00e9mographie \u00e9tudiante. C\u2019est un crit\u00e8re du classement de Shanghai et l\u2019on a montr\u00e9, dans ce colloque, qu\u2019une telle politique est sans effets, puisque les \u00e9tablissements fran\u00e7ais qui ont pris cette voie ne progressent pas dans ce classement mondial.<br \/>\nLa r\u00e9flexion sur la gouvernance linguistique est aussi bloqu\u00e9e par l\u2019accent mis sur la valeur universelle de la ma\u00eetrise de l\u2019anglais, au sens de \u00ab English only \u00bb. La loi Fioraso encourage de facto ces choix r\u00e9ducteurs et accompagne , si besoin \u00e9tait, la diffusion des repr\u00e9sentations ordinaires, qui font de la connaissance de l\u2019anglais un atout d\u00e9cisif pour la r\u00e9ussite sociale, alors qu\u2019il est \u00e9tabli que, dans bien des cas, c\u2019est la connaissance d\u2019une seconde langue qui fait la diff\u00e9rence. Alors qu\u2019il favorise ainsi l\u2019anglicisation (encore relative comme on l\u2019a soulign\u00e9) des enseignements, l\u2019Etat s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9velopper la francophonie universitaire, \u00e0 travers l\u2018AUF entre autres. Ce qui peut sembler contradictoire.<br \/>\nEnfin, nombre de coll\u00e8gues ont illustr\u00e9 la tension entre la recherche de relations internationales et l\u2019indispensable ancrage de chaque \u00e9tablissement dans son territoire, dans son tissu \u00e9conomique et son contexte sociolinguistique. La \u00ab recherche de l\u2019international \u00bbconduit \u00e0 des absurdit\u00e9s comme celle des relations entre Perpignan et la Catalogne o\u00f9 ne sont utilis\u00e9s ni le fran\u00e7ais, ni le catalan, ni l\u2019espagnol, par suite de vetos crois\u00e9s, mais une langue internationale que je vous laisse deviner. Il apparait que la gouvernance linguistique doit prendre la forme d\u2019un projet d\u2019\u00e9tablissement qui soit fond\u00e9 sur des relations \u00ab non accidentelles \u00bb mais sur des proximit\u00e9s g\u00e9ographiques, historiques, intellectuelles et scientifiques. Dans cette perspective, les projets de collaboration bilat\u00e9raux, comme l\u2019Universit\u00e9 franco-allemande, s\u2019av\u00e8rent comme particuli\u00e8rement efficients.<br \/>\nCette tendance \u00e0 faire que les choix linguistiques des \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur soient guid\u00e9s par des st\u00e9r\u00e9otypes linguistiques peut \u00eatre contrebalanc\u00e9e, comme on l\u2019a vu dans certaines interventions, par la prise de conscience de la responsabilit\u00e9 \u00e9ducative de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. La gouvernance linguistique de ces \u00e9tablissements a comme devoir de d\u00e9velopper le r\u00e9pertoire linguistique de chacun, d\u2019activer la facult\u00e9 de langage pour la faire s\u2019investir dans de nouvelles langues, d\u2019apprendre \u00e0 utiliser toutes celles que l\u2019on connait d\u00e9j\u00e0, pour un meilleur acc\u00e8s aux connaissances et \u00e0 leur production et comme ressources pour la manifestation d\u2019une identit\u00e9 multiple et ouverte. Ceci au m\u00eame titre que les formations qui pr\u00e9c\u00e9dent dans le parcours \u00e9ducatif qui a la responsabilit\u00e9 de d\u00e9velopper les comp\u00e9tences cognitives, esth\u00e9tiques, physiques\u2026<br \/>\nL\u2019\u00e9cole (universit\u00e9 comprise) a aussi celle de d\u00e9velopper les potentialit\u00e9s langagi\u00e8res des apprenants, quels qu\u2019ils soient.<br \/>\nL\u2019utilisation des langues \u00e9trang\u00e8res pour enseigner les disciplines\/contenus scientifiques\/technologiques pose, en particulier, un certain nombre de questions, qui sont revenues r\u00e9guli\u00e8rement dans les communications sur ce th\u00e8me. Les langues (premi\u00e8res et \u00e9trang\u00e8res) jouent un r\u00f4le primordial dans la cr\u00e9ation et la transmission des connaissances. Elles servent \u00e0 la communication, bien \u00e9videmment, en particulier au commentaire des r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux, \u00e0 leur pr\u00e9sentation et aux discussions de ceux-ci. Mais les langues \u00ab maternelles \u00bb sont pour les chercheurs dot\u00e9es d\u2019un potentiel po\u00e9tique (comme le rappelait Judet de la Combe dans son intervention) qui permet de nommer ce que l\u2019on ne connait pas encore. Et les emplois m\u00e9taphoriques des mots permettent de cr\u00e9er des relations \u00ab \u00e0 sauts et gambades \u00bb cr\u00e9atrices d\u2019associations impr\u00e9visibles, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du raisonnement suivi et pas \u00e0 pas. Montaigne et Descartes, en somme. Il apparait que limiter l\u2019emploi de ces langues dans l\u2019enseignement et la recherche constitue un risque pour la cr\u00e9ativit\u00e9 scientifique et pour la transmission p\u00e9dagogique des contenus disciplinaire, qui se nourrit elle-m\u00eame de comparaisons et paraphrases. Les mots sont comme des marches vers les concepts et la langue premi\u00e8re est irrempla\u00e7able dans ce r\u00f4le.<br \/>\nLa place des langues \u00e9trang\u00e8res est aussi variable selon les discipline et l\u2019anglais est donc contournable : par exemple, il est omnipr\u00e9sent en biologie, mais aujourd\u2019hui les traducteurs automatiques suffisent, si l\u2019on est mesure de v\u00e9rifier ces traductions ; il est certes utile mais non absolument indispensable en histoire ou en arch\u00e9ologie. Par ailleurs, la ma\u00eetrise de la langue principale de scolarisation est un facteur d\u00e9terminant pour la r\u00e9ussite scolaire et l\u2019on fait facilement l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il en va de m\u00eame dans les formations sup\u00e9rieures : les \u00e9tudiants ont besoin de continuer \u00e0 apprendre \u00e0 communique en fran\u00e7ais, pour lire avec efficacit\u00e9, exposer clairement, discuter et n\u00e9gocier et surtout \u00e9crire la science.<br \/>\nLes sciences sont certes internationales, dans la mesure o\u00f9 elles ont en partage des \u00e9pist\u00e9mologies, des m\u00e9thodologies des th\u00e9ories&#8230; Mais des traditions nationales perdurent, car il y a, par exemple, des \u00ab mani\u00e8res \u00bb d\u2019\u00e9crire la science sp\u00e9cifiques aux langues (comme l\u2019a une nouvelle fois rappel\u00e9 Anne-Claude Bertoud). Des mod\u00e8les discursifs diff\u00e9rents coexistent dans les communaut\u00e9s scientifiques et c\u2019est aussi de ces rencontres interculturelles que na\u00eet la connaissance. S. Canagarajah proposait (dans son \u00ab Resisting English Imperialism in Teaching English \u00bb, 1999) \u00e0 ses \u00e9tudiants de r\u00e9diger leur m\u00e9moire de doctorat en anglais mais en suivant les r\u00e8gles discursives traditionnelles propres \u00e0 l\u2019espace culturel indien.<br \/>\nL\u2019autre responsabilit\u00e9 \u00e9vidente de la gouvernance linguistique est l\u2019efficience, ce qui ressort de bien des interventions. Cela signifie cr\u00e9er collectivement un projet linguistique d\u2019\u00e9tablissement fond\u00e9 sur les ressources du territoire (comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9) et les ressources humaines (dont les comp\u00e9tences langagi\u00e8res de chacun), de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er, tout particuli\u00e8rement, des parcours de formation non al\u00e9atoires du point de vue des langues. La question de l\u2019efficience a \u00e9t\u00e9 souvent \u00e9voqu\u00e9e dans les interventions pr\u00e9c\u00e9dentes en termes d\u2019ing\u00e9nierie de formation et de didactique en g\u00e9n\u00e9ral : il s\u2019agit bien l\u00e0 de construire l\u2019\u00e9ducation plurilingue par le bas, en donnant aux cours de langue \u00e9trang\u00e8re une dimension plurilingue. Si l\u2019on a pu, dans ce colloque, entendre d\u00e9crire des dispositifs innovants dans ce domaine (et qui augurent bien de d\u00e9veloppements plus amples), il subsiste, \u00e0 mon sens, des points de faiblesse autour de notions non assez explicit\u00e9es. Le plus \u00e9vident concerne la notion de niveau. Certes, on d\u00e9finit les niveaux de comp\u00e9tence \u00e0 atteindre par rapport au Cadre europ\u00e9en commun de r\u00e9f\u00e9rence pour les langues mais on tend \u00e0 assimiler objectif et niveaux du CECR, alors que ces derniers ne sont que des points de r\u00e9f\u00e9rence et non des objectifs de formation. Il est plus op\u00e9rationnel de d\u00e9finir des objectifs en termes de profil de comp\u00e9tences linguistiques qui ne se situent pas au m\u00eame niveau (B2 en r\u00e9ception de l\u2019\u00e9crit ; mais B1 en interaction orale, par exemple). Le volume horaire disponible pour ces formations est souvent limit\u00e9 et cela invite \u00e0 focaliser l\u2019apprentissage sur une ou deux comp\u00e9tences, \u00e0 savoir sur quelques genres discursifs pertinents dans une perspective professionnelle, comme la pr\u00e9paration \u00e0 la mobilit\u00e9 ou l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature du domaine. En ce qui concerne plus particuli\u00e8rement l\u2019interaction orale (comp\u00e9tence volontiers valoris\u00e9e : parler allemand, parler anglais\u2026), il ne me semble pas, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019entendre ici, que l\u2019accent soit mis sur les \u00e9changes o\u00f9 chacun parle sa langue (ou une autre langue connue) et est compris de son interlocuteur. Ce format peut \u00eatre utilis\u00e9 en alternance avec le format classique et dissym\u00e9trique : locuteur natif \u2013 locuteur non natif ; il permet certaines formes d\u2019intercompr\u00e9hension (m\u00eame si les langues employ\u00e9es ne pr\u00e9sentent pas de proximit\u00e9s entre elles) et encourage le non natif \u00e0 n\u00e9gocier le format au lieu de le subir.<br \/>\nEnfin l\u2019efficience des enseignements se trouve potentiellement accrue, comme on l\u2019a mis en \u00e9vidence, avec un entra\u00eenement \u00e0 l\u2019apprentissage autonome (comme \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lorraine) et les activit\u00e9s collaboratives, qui peuvent d\u00e9sormais prendre appui sur des ressources en ligne (comme l\u2019aide \u00e0 la lecture : le PERL de Paris Diderot et Paris 7).<br \/>\nUne dimension de l\u2019\u00e9ducation plurilingue me semble avoir \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e dans l\u2019ensemble des propositions que nous avons pu entendre, \u00e0 savoir la transversalit\u00e9. A c\u00f4t\u00e9 de la diversit\u00e9, la recherche de convergences entres les enseignements de diff\u00e9rentes langues constitue effet un \u00e9l\u00e9ment important susceptible de contribuer \u00e0 l\u2019efficience des enseignements. Ce n\u2019est pas ici le lieu d\u2019en d\u00e9crire les modalit\u00e9s de mise en \u0153uvre, mais l\u2019objectif est bien de d\u00e9cloisonner les langues, qui dans la r\u00e9alit\u00e9 sociolinguistique sont en perp\u00e9tuelle interaction.<br \/>\nLes enseignements en langue ont retenu l\u2019attention de beaucoup d\u2019entre nous et c\u2019est un sujet de vif d\u00e9bat dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, o\u00f9 enseigner des contenus en langue signifie en fait les enseigner en anglais. Il convient de s\u2019interroger sur les b\u00e9n\u00e9fices et les co\u00fbts de tels choix exclusifs (comme les enseignements de biologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Grenoble). Ils rassurent les \u00e9tudiants, m\u00eame si les b\u00e9n\u00e9fices linguistiques (\u00e0 part en compr\u00e9hension orale) ne semblent pas av\u00e9r\u00e9s : les cours en anglais sont appr\u00e9ci\u00e9s parce que les \u00e9tudiants ont eux aussi en partage les repr\u00e9sentations sociales de la valeur universelle et exclusive de l\u2019anglais. Il n\u2019est, par exemple, que de noter que la terminologie de nombreuses disciplines est \u00e0 base gr\u00e9co-latine et donc de facto internationale, ce qui fait que le recours \u00e0 l\u2019anglais n\u2019apporte que bien peu dans ce domaine. Mais surtout, les cours de disciplines en langue sont susceptibles de deux interpr\u00e9tations. L\u2019une en fait une annexe du cours de langue, prolongement en situation qui permet une exposition majeure \u00e0 la langue cible (en termes de dur\u00e9e mais pas n\u00e9cessairement en termes d\u2019interaction orale dans les cours en amphi). La seconde les consid\u00e8re comme une strat\u00e9gie destin\u00e9e \u00e0 faire appr\u00e9hender des concepts et des notions dans deux langues diff\u00e9rentes ; cette dualit\u00e9 des langues cr\u00e9e une forme de pluriperspectivit\u00e9 qui permet de mieux les cerner. La mise en place de cette pluriperspectivit\u00e9 cognitive passe par l\u2019usage altern\u00e9 (mais r\u00e9gl\u00e9) des deux langues, dont l\u2019emploi ouvre des points de vue distincts mais compl\u00e9mentaires sur des objets de savoir et tend ainsi \u00e0 en faciliter l\u2019appr\u00e9hension. C\u2019est l\u00e0 une des formes de convergence qui fonde l\u2019\u00e9ducation plurilingue, tout en contribuant \u00e0 la formation de sp\u00e9cialistes ouverts \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nUne th\u00e9matique plus discr\u00e8te mais bien pr\u00e9sente concerne la responsabilit\u00e9 des institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur vis \u00e0 vis de la francophonie. On a soulign\u00e9, \u00e7a et l\u00e0, qu\u2019ils n\u2019ont pas seulement \u00e0 veiller \u00e0 des emplois rationnels et pertinents de l\u2019anglais comme la langue d\u2019enseignement. Ils ont aussi comme r\u00f4le de contr\u00f4ler la qualit\u00e9 de l\u2019accueil des \u00e9tudiants \u00e9trangers francophones, qui ne connaissent pas n\u00e9cessairement la culture \u00e9ducative fran\u00e7aise de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Il leur serait aussi utile de ne pas minimiser la recherche de partenariats et de collaborations avec des universit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res francophones (dans le cadre de l\u2019Agence universitaire de la francophonie, par exemple). Et, enfin (petite consid\u00e9ration pro domo), ils ont \u00e0 faire une place et \u00e0 appuyer les formations concernant les futurs enseignants de fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re (la fili\u00e8re FLE) partout sur le territoire national (et, en particulier, dans les territoires et d\u00e9partements d\u2019outremer).<br \/>\nIl est de rigueur de proposer in fine quelques pistes d\u2019action et de r\u00e9flexion. Je ne me soustrairais pas \u00e0 cette r\u00e8gle discursive.<br \/>\nIl importe, dans tous les contextes (en particulier dans les instances de concertation des \u00e9tablissements) de discuter les effets d\u2019\u00e9vidence (expression que j\u2019emprunte \u00e0 Gilles Forlot, angliciste). Partout, il me semble clarificateur de demander des raisons, faire expliciter, ouvrir un d\u00e9bat, essayer de mesurer le rapport co\u00fbts-b\u00e9n\u00e9fices relativement \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence des enseignements de l\u2019anglais et en anglais. On sous-estime les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices sont donn\u00e9s comme allant de soi. Cette mission pourrait \u00eatre confi\u00e9e \u00e0 un coordinateur, voire vice pr\u00e9sident d\u2019universit\u00e9, charg\u00e9 non seulement de coordonner la gouvernance linguistique et d\u2019assurer la qualit\u00e9 des enseignements de langue et en langue, mais aussi d\u2019expliquer \u00e0 la communaut\u00e9 universitaire les enjeux des choix des langues \u00e0 utiliser et \u00e0 enseigner. Cela est rendu n\u00e9cessaire de ce point de vue, car nos coll\u00e8gues des sciences \u00ab dures \u00bb, dont la vigilance \u00e9pist\u00e9mologique est bien connue, se comportent devant les questions de langues comme des citoyens ordinaires guid\u00e9s par des st\u00e9r\u00e9otypes.<br \/>\nUne autre voie, d\u00e9j\u00e0 bien trac\u00e9e dans les projets et dispositifs pr\u00e9sent\u00e9s dans ce colloque, est celle de l\u2019alliance des nouvelles technologies informatiques\/num\u00e9riques et des projets plurilingues. Ces ressources permettent l\u2019apprentissage en autonomie, le tutorat \u00e0 distance, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des ressources pour apprentissage. Il est possible d\u2019apprendre une langue nouvelle par ces moyens durant les trois ou cinq ans que dure une formation universitaire. C\u2019est un objectif particuli\u00e8rement important de permettre \u00e0 tous les \u00e9tudiants d\u2019apprendre une langue nouvelle dans ce cadre, si l\u2019on prend en compte, par ailleurs les possibilit\u00e9s offertes par les centres universitaires de langues. Il serait aussi utile de doter les \u00e9tudiants de langues d\u2019une nouvelle comp\u00e9tence, celle de v\u00e9rifier les traductions automatiques des textes \u00e9crits mais aussi, d\u00e9sormais, oraux. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une langue de communication universelle doit \u00eatre repens\u00e9e dans ce nouveau contexte d\u2019intelligence artificielle.<br \/>\nDerni\u00e8re piste qui va de soi : il importe de construire un autre classement que celui de Shanghai. Nous en sommes tous d\u00e9j\u00e0 persuad\u00e9s mais il faudrait avancer sur ce dossier en mettant en jeu l\u2019Union europ\u00e9enne et le Conseil de l\u2019Europe. Il serait particuli\u00e8rement bienvenu de construire non un classement mais une forme de caract\u00e9risation des universit\u00e9s europ\u00e9ennes qui pr\u00e9sentent des traits qui leur sont propres, de les caract\u00e9riser en termes d\u2019efficience globale mais aussi en ce qui concerne la cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9pertoire linguistique et d\u2019une disponibilit\u00e9 interculturelle aidant au vivre ensemble \u00e0 travers les fronti\u00e8res politiques nationales et dans l\u2019espace social et qui accompagne le \u00ab d\u00e9veloppement durable de la personne \u00bb (qui ne se limite pas \u00e0 l\u2019acquisition de connaissances ou de savoir-faire) dans une perspective humaniste.<br \/>\nPar ces temps de populisme et de nationalisme, il est fondamental de ne pas laisser la question des langues aux extr\u00eames qui pr\u00f4nent le renfermement protectionniste mais de rappeler que la langue de l\u2019Europe, c\u2019est le plurilinguisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Remarques conclusives \u2013 Jean-Claude Beacco Les organisateurs de cette rencontre ont bien voulu me confier la responsabilit\u00e9 de tirer, \u00e0 chaud et sans beaucoup de recul, comme vous pourrez le constater, quelques enseignements de l\u2019ensemble des communications qui y ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es. 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