BARBARA WELDENS – DESTIN QU'AS-TU FAIT ?

Amis,

            Barbara WELDENS, notre Barbara WELDENS, est morte aujourd’hui. Le 20 juillet 2017. Sur scène. Dans l’église des Cordeliers à GOURDON. Vraisemblablement électrocutée. Elle avait trente-cinq ans.

            Un soir d’orage, d’éclairs formidables, de lumières fulgurantes et lézardées, ondes de choc annonçant l’onde sonore terrible, claquante et sèche : le tonnerre.
Il nous est dit que c’était autour de minuit.
Destin qu’as-tu fait ? Ce jour. Cette heure. Prétendras-tu qu’elle les avait écrits elle-même quand, en 2014, elle nommait son concert (et son disque) d’alors « Minuit et quart » parce que « ça sonnait bien », parce que « ça me ressemble un peu », parce que minuit c’est « l’heure du crime » et parce que « et quart » c’est « un poil trop tard pour être sérieux » ?
Pourvu qu’il ait été minuit et quart !
 
Destin, triste sire. Triste sort. Une église. Un clocher. Un glas. En quoi te dérangeait-elle cette magnifique prêtresse de l’amour, cette enfant de la balle, belle, généreuse, géniale et résiliente ?
Pourvu, au moins, que tu l’aies emportée parce qu’elle avait osé opposer le pourpre au pourpre !
 
Destin, salaud ! C’est sûr, tu t’es trompé. Ce n’était qu’en rêve, tu sais, qu’elle mangeait des oiseaux.
Pourvu que celui qu’elle faisait d’être un corbeau se soit éteint avec elle et que, l’inexplicable que la foudre a libéré, ait emprunté son vol à l’oiseau de paradis.
 
Méprisable destin, à quoi as-tu pensé ? Qui, désormais, nourrira le réveil des matins de   Ginou, de Pierre et de tous les autres ?
Pourvu qu’ils aient la force de surmonter ton infect dédain !
 
Ô, destin, pardon. Nous te supplions. Ramènes-là. Avais-tu bien compris qu’elle venait du cirque ? « Le vrai Cirque, qui sent la sciure, la bâche et la pisse de tigre ».
T’es-tu souvenu qu’elle avait « grandi dans les odeurs de la piste », qu’elle avait « appris son métier sur le tas, jongleuse, acrobate et dresseuse » pour notre bonheur ?
T’es-tu rappelé qu’elle a promené ses numéros de scènes en rues, de salles en chapiteaux et que, « pourtant », elle chantait ?
L’as-tu jamais écoutée ? T’es-tu jamais intéressé aux cahiers d’écolier qui ne la quittaient pas, trace et traces d’une vie que le juste t’interdisait d’interrompre ?
Étais-tu sourd quand tu as frappé celle qui est née alors que le vieux siècle était déjà à son déclin, le 17 avril 1982, sous le nom de JACQUINOT ? Barbara JACQUINOT. Barbara WELDENS. Notre princesse.
Qu’as-tu voulu, qu’as-tu cherché ? Nous signifier qu’il est vain, néfaste et fatal de rêver pour l’autre, nous qui rêvions pour elle que son art explose à la face du monde ? Que nos propres songes devaient nous suffire et que, foudroyant son cœur, c’est aussi le nôtre que tu voulais faire saigner pour avoir laissé déborder notre admiration, le nôtre que tu souhaitais serrer, jaloux de notre affection ?
Tu ne la ramèneras pas.
Ton aveuglement est haïssable, il t’est si facile de nous porter au manque, à contraindre nos pensées vers elle et à te moquer de notre chagrin.
Il est impuissant pourtant, sauf à nous détruire tous, à l’épuisement de nos mémoires. Elle chantait. Elle chante. Elle chantera. Toujours.
Là-bas, là-haut peut-être, près d’un astre qui prêtera enfin sa rondeur à son sein, mais ici, d’abord.
À cela, tu ne peux rien.
 
Sidne Crinchabou

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