SANDOVAL & PAAMATH : Quand un philosophe aime !

PAAMATH et SANDOVAL : les épousailles infinies des musiques passionnelles

 

Sandoval et Paamath appartiennent à deux constellations d’un même ciel universel. Le flamenco, musique de feu, et la musique africaine, musique d’eau. Leur union ne peut être que libre, provisoire, sur la même terre, l’un en élévation vagabonde, le flamenco, l’autre en puisant dans la terre des origines, dans le sol ferme de la communauté humaine. D’où l’apaisement effréné, la joie explosive et tempérée que donnent à vivre Sandoval et Paamath.

La musique de Bernardo Sandoval est le combat du désir d’extase et du plaisir de l’étirement rythmé, du feu vertical et de la sobriété mélodique. Elle est l’impatience du volcan qui, éruptif chaotique, s’écoule, aussi, lentement, dans des rivières régulières de lave en fusion. Elle est le charme qui tente d’enrôler la femme en tant que taureau, la femme comme énergie colossale, capable de soulever le monde. Le flamenco en tant que musique est la tentative de maîtriser cette bête furieuse et souveraine – et son échec. Il ne peut que s’agenouiller devant la femme mythique, archaïque, toute-puissante, féconde, jouisseuse, orgasmique, invinciblement inaltérée par l’homme et révélée telle qu’en elle-même par le flamenco. Jouissance d’explosion donc.

La musique de Paamath est une tout autre aventure, parmi les eaux fraiches des paradis africains. Elle est l’alliance de l’énergie entêtée et du large manteau de la terre protectrice, de la rigueur rythmique et de l’envolée calmement lyrique, du soleil patient et de la forêt profonde. La voix de Paamath est rocaille et duvet, gravité du pinson, sombre voix sourde et chant cristallin de l’oiseau lumineux. Elle enveloppe et berce, sous les cieux maternels. Elle apaise la brûlure du désir par son étirement et son tissage. Paamath est un tisserand des désirs primordiaux. Jouissance de la retenue donc.

Pour eux, être ensemble n’est pas donné. Cette improbable liaison requiert un témoin et un catalyseur : le public. Sandoval se radicalise, torche de feu incontrôlable, tandis que Paamath s’oppose par l’indéfectible amour de la régularité et le désir d’harmonie. L’un est chaos fulgurant, l’autre ordre caché des choses paisibles. Par moment, ils échangent leur qualité. Sandoval s’adoucit tandis que Paamath s’envole. Comme au coin du feu, ils jouent pour faire et refaire le sentiment d’être ensemble, même divers et ondoyant.

Ils révèlent l’universel de toute musique : déchainer le chaos primordial et opérer sa mise en ordre. Ils expriment l’indissoluble mariage du masculin et du féminin, leur combat rythmique et leur paix mélodique. L’Espagne immémoriale et l’Afrique éternelle, deux mythes pour une seule et même histoire humaine d’art et d’amour.

Jean-Jacques Delfour (critique à « linsatiale.org »).

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