Forum famille – enfance en danger, à l’ambassade de France à Moscou

L’Association Concorde a eu le très grand bonheur d’être invitée le 21 novembre 2018 par l’Ambassade de France à Moscou, pour participer au forum des associations et des acteurs de la société civile sur le thème « Aider et accompagner les familles en France et en Russie ». Ainsi Florence Mazerat, directrice générale et Philippe Allard, chef de service ont été missionnés par Monsieur Junqua, président, pour représenter l’association. Madame Sylvie Bermann, ambassadeur de France et Monsieur François Croquette, ambassadeur de France pour les droits de l’homme, ont ouvert la journée. Quatre grands thèmes ont été abordés et animés par des tables rondes :

1 – Parentalité et travail

Problématique : Le taux d’activité des femmes est élevé en Russie et la problématique de la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale y est bien sûr présente. Celle de la responsabilité des pères dans l’éducation au quotidien de leurs enfants émerge, le congé parental leur est ouvert depuis 2007. Une des questions centrales est celle de la garde des jeunes enfants, secteur dans lequel un développement des modes de garde associatifs et des associations d’assistantes maternelles est souhaité. Le thème de la parentalité et du travail peut également être lié à celui du développement du capital humain (augmentation des taux d’activité, élévation des compétences, qualité de vie et de santé, lutte contre la pauvreté, …) qui se veut être un des axes directeurs des politiques russes. Ces différentes problématiques qui traversent les sociétés russes et françaises, se prêtent à échanger.

2 – Des familles et des droits

Problématique : Comme dans d’autres pays, le stéréotype du « monolithisme » de la famille russe ne reflète pas la réalité : les familles sont diverses, les relations en leur sein évoluent, la proportion de familles monoparentales y est comparable à celle constatée en France et, comme ailleurs, il y a des couples sans enfant. L’autorité paternelle paraît pouvoir primer en droit l’intérêt de l’enfant à la différence du cadre posé par le Code Civil français mais ce point est débattu, notamment en matière de soins de santé. La facilité avec laquelle étaient prononcées les décisions de déchéance de l’autorité parentale est remise en question. Les violences domestiques en recul mais qui sont toujours un chancre de la société russe, pourraient donner lieu à de nouvelles dispositions législatives, susceptibles de créer de nouveaux droits pour les adultes ou les enfants qui en sont victimes. Dans ce contexte, les associations et les services sociaux interviennent pour aider, accompagner ou faire face à des situations de crise, comme pour faire avancer les représentations. La table ronde a pour but de susciter un échange entre les acteurs des sociétés civiles russes et françaises sur ces questions.

3 – Famille et handicap

Problématique : L’opinion et la société russe sont particulièrement sensibles à la place faite aux personnes handicapées, après une prise de conscience des situations de mauvais traitements et de violations de leurs droits dans les établissements mises à jour dans les années 1990 et au début de ce siècle. L’orientation prise par les pouvoirs publics est de faciliter l’éducation des enfants handicapés dans le milieu ordinaire et donc dans leur famille. Elle s’accompagne et en fait a été précédée par le développement d’une offre associative de services aux familles née dans la société civile, dynamique finalement assez proche de celle qu’a connue la France dans la seconde moitié du XXème siècle. Dans les établissements d’hébergement d’enfants ou d’adultes handicapés qui resteront nécessaires, l’enjeu est de construire des modes d’organisation et de prise en charge qui favorisent la sortie vers le milieu ordinaire. A nouveau, l’intervention des associations, notamment de volontaires, et des familles est indispensable pour favoriser l’ouverture et les liens avec l’extérieur.

4 – Protection de l’enfance en danger

Problématique : Dans les périodes les plus difficiles de son histoire, la Russie a connu des situations où des milliers voire des millions d’enfants étaient à la rue et la mémoire en reste encore dans les esprits. La réponse des autorités publiques a elle-même été longtemps le placement des enfants en internat. Cette époque est révolue, le nombre des enfants dans les orphelinats a été considérablement réduit avec les placements en famille d’accueil et l’adoption. Celle-ci suppose de nouveaux modes d’organisation et d’intervention des services sociaux dont le développement d’une offre de service associative. Les autres champs de la protection de l’enfance, protection judiciaire ou prise en charge de l’enfance délinquante, connaissent des évolutions identiques, avec cette particularité qu’il n’existe pas en Russie d’institution comparables au juge pour enfant qui garantit en France la légitimité et le caractère contradictoire des décisions prises. De ces évolutions – où les acteurs de la société civile jouent un rôle central -, dépendent, pour partie, l’image que la Russie peut se donner d’elle-même, de sa rupture avec un passé consommé maintenant lointain et de la place des familles en son sein.

Nous sommes intervenus à deux voix : Florence Mazerat a présenté le dispositif de la protection de l’enfance en France, le cadre juridique ainsi que les fondements de notre association. Quant à Philippe Allard, il a présenté la prise en charge effective des jeunes, l’organisation du travail, les missions éducatives. A l’issue de notre présentation, nous avons eu des débats passionnés et passionnants. Des contacts ont été pris entre les acteurs russes et nous-mêmes. Nous espérons très vivement une suite à ces échanges. Notre mission a été riche d’enseignements, pour nous comme pour nos homologues russes.