Gérard Pringault nous a quittés

Gérard Pringault, co-fondateur et directeur général de l’association Concorde de 1969 à 2013, est décédé le 16 mai 2019. Ses obsèques ont rassemblé le 22 mai, autour de ses enfants et petits-enfants, une foule d’amis, de proches, d’élus, et de très nombreux personnels, administrateurs et anciens jeunes de Concorde. Nous publions les témoignages des intervenants qui se sont exprimés au cours des cérémonies d’hommage qui ont été rendus à Gérard.

Florence Mazerat, directrice générale de Concorde
Mon cher Gérard,
A travers ces quelques mots, au nom de l’association Concorde, nous venons te saluer et saluer ton œuvre.
Concorde a eu 50 ans en mars dernier et nous les fêterons le 28 juin prochain, mais tu as décidé de tirer ta révérence avant.
Parti d’un club de prévention aux Bosquets, très rapidement, avec Claude CHIROUSE, co-fondateur, vous avez décidé d’aller encore plus loin dans l’accompagnement des jeunes.
C’est ainsi que le 1er foyer « Perdrigé » a vu le jour en 1984 puis d’autres maisons ont suivi : Chevreul, Gagny 1 et 2, le Centre de Placement Immédiat « Les Sorbiers », le Service d’accueil des Mineurs – SAM, Marie-Foilaine Desolneux, le Dispositif d’Accueil Personnalisé – DAP, Aristide Briand.
Tu n’as eu de cesse de développer, construire des projets pour les grands et les petits, en t’entourant d’une équipe fidèle (personnels et Conseil d’Administration) ayant pour seul objectif de répondre aux besoins des jeunes et de surcroît les plus en difficultés.
Lors de ton départ à la retraite en janvier 2013, tu pouvais te féliciter d’avoir accueilli, épaulé, aidé d’une manière ou d’une autre 2 308 jeunes.
Quelle formidable aventure, quel beau travail qui mérite-là d’être souligné.
J’ai passé 27 ans à tes côtés, tu m’as transmis ton expérience du métier ; cela n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, mais sache que je respecterai mon engagement à poursuivre ton œuvre, ton travail.
J’ai pris ta succession en 2013 à la tête de cette belle association dont tu étais, à juste titre, si fier.
Je peux t’assurer, au nom de tous, que nous resterons fidèles à tes valeurs et que nous les ferons vivre.
Repose en paix.
Au revoir Gérard.

Alain Junqua, président de l’Association
J’ai fait la connaissance de Gérard Pringault au mois de septembre 1988 lorsque je suis arrivé au tribunal de Bobigny. Très vite, il m’a été présenté et avec lui l’institution qu’il dirigeait, comme l’élément moteur de la protection de l’enfance dans le département. J’ai très vite compris qu’il était incontournable et qu’on pouvait compter sur lui.
Puis, quelques années plus tard, ayant quitté Bobigny, au hasard d’une rencontre de Vertault, Gérard et le président de l’époque, André Coulomb, m’ont demandé d’entrer au Conseil d’Administration, puis, ultérieurement, de me présenter à la présidence de l’association. C’est ainsi que j’ai mieux connu Gérard dont j’ai senti à quel point il était motivé, je dirais même passionné par son métier, consacrant entièrement sa vie au service de la jeunesse. Nos longues conversations, chez lui, au coin du feu, toujours empreintes de chaleur humaine, nous confortaient l’un et l’autre, dans un long cheminement vers le développement de Concorde et l’accueil des jeunes parmi les plus délaissés et démunis. Je pense à l’ouverture du CPI de Villemomble en alternative à l’incarcération, à celle du SAM à Montfermeil pour l’accueil des mineurs isolés, à la création des ateliers scolaires, tout cela n’avait pour seul objectif qu’une meilleure adaptation de nos structures aux problématiques des jeunes que nous recevions.
Je me souviens des propos qu’il tenait à ceux présents à sa remise des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur en leur disant notamment que le sens qu’il donnait à son action c’était « d’aller avec eux vers cette terre de solidarité et de fraternité que nous souhaitons tous ».
Après quarante-quatre années d’une présence constante et inlassable à la tête de Concorde, en 2013, Gérard décidait d’y mettre un terme. Ce fut pour lui une longue et belle aventure couronnée de succès.
Parti de rien en 1969, si ce n’est de l’idée essentielle de se mettre au service de l’enfance et de la jeunesse de son département et d’y consacrer sa vie, il est arrivé plus de quarante année plus tard à une institution reconnue et respectée, utile pour ne pas dire indispensable. Il y a accueilli avec ses équipes, plus de 2 300 jeunes.
Gérard nous a quittés, mais son œuvre subsiste toujours et subsistera, je n’en doute pas, longtemps.

Pierre Girault, vice-président
C’est en 1989, en prenant mes fonctions de chef d’établissement au collège Picasso que j’ai vraiment rencontré Gérard Pringault. Je connaissais Concorde de nom, pour sa bonne réputation, pour ce qu’avaient pu m’en dire certains professeurs. Mais, pour la première fois, je rencontrais vraiment des jeunes qui fréquentaient le foyer Chevreul. Ils n’étaient pas des plus faciles, pourtant avec Chevreul, nous avions toujours des interlocuteurs. Le directeur, les éducateurs, étaient là pour les jeunes, avec les jeunes, ils étaient des partenaires fiables, sur lesquels l’école pouvait toujours compter. Les contacts s’établissaient naturellement, comme avec n’importe quelle famille soucieuse de la scolarité de ses enfants. Cette présence, cette disponibilité étaient communicatives et donnaient envie de partager les engagements du foyer. Alors, je suis devenu adhérent de l’association, présent aux vœux et aux assemblées générales aussi souvent que possible, et pas seulement pour la qualité de ses buffets ! J’ai découvert Gérard, attentif, chaleureux, toujours soucieux de faire partager ses exigences éducatives, quels que soient ses interlocuteurs. Et il savait convaincre.
Partager est un mot qui lui convient. Nous nous sommes rapprochés et lorsqu’à la veille du second millénaire, Gérard et sa femme Marie-Françoise discrète, chaleureuse et remarquablement efficace, ont décidé de soutenir le projet de leur fils Cyril de faire le tour de Corse à la nage, c’est presque naturellement que des gens qui ne se connaissaient pas, mais qui connaissaient Gérard, ont décidé eux aussi de partager cette aventure. En ces mois de juin et juillet 2000, Gérard était en Corse, en pointillé, sans que l’on sache vraiment si Concorde ne pouvait pas se passer de lui ou s’il ne pouvait pas se passer de Concorde. Nous l’avons vu, menant de front vie professionnelle et vie familiale, impliqué à Montfermeil comme à Bastia dans une belle aventure collective au service de la réussite de jeunes qui comptaient tant pour lui.
C’est pour faire partager ses engagements éducatifs qu’il crée en octobre 1993 La Lettre, le journal de Concorde dont il signe le premier éditorial, écrivant notamment : « Ensemble, nous sommes au service des jeunes les plus en difficulté. Nous ne pouvons que souhaiter d’être capables, par notre amitié, notre partage, de monter aux jeunes dont nous avons la charge, que chaque matin commence un jour nouveau qui prépare le lendemain. Cela suppose de tous beaucoup d’investissement, de solidarité et beaucoup d’attention constructive et repérante. »
Il y a dix ans, pour les 40 ans de l’association, Luciano Bruni, ancien vice-président de Concorde, ancien jeune de Chevreul devenu professeur agrégé d’espagnol dressait en peu de mots un portrait authentique de Gérard. Voici ce qu’il disait : « Enfin, je voudrais évoquer celui qui a créé, qui a porté à bout de bras, pendant 40 ans, l’association Concorde et qui l’incarne mieux que personne, Gérard Pringault. Son dévouement à la cause des jeunes, sa présence indéfectible à leurs côtés, la confiance qu’il sait leur témoigner, la bienveillante exigence dont il fait preuve à leur égard, tout cela est un acte d’une rare générosité. Et à mon sens, c’est cette générosité qui fonde la relation éducative. »
Aujourd’hui Gérard, je te dis revoir, et surtout merci.

Claude CHIROUSE, administrateur, délégué aux relations publiques
Gérard, 1969, 2013, 2019 : trois dates qui ont ponctué notre parcours.
1969, notre première rencontre par l’intermédiaire de monsieur Victor SAMMARCELLI qui était alors Président du tribunal pour enfants de Bobigny. C’était le point de départ de notre collaboration qui allait durer jusqu’à ton départ à la retraite en 2013.
2013, après quarante-quatre ans s’achevait pour toi cette fabuleuse aventure de Concorde dont j’avais plaisir à dire que tu avais constitué un empire éducatif, centré sur l’intérêt supérieur de l’enfant. Bien sûr, transmettre l’association n’a pas été facile : on ne confie pas son bébé sans crainte, sans appréhension. Florence MAZERAT qui te succède, secondée par Yann CHATELIN marchent tous les deux dans tes pas sur la voie tracée.
2019, le 28 juin, nous fêterons les 50 ans de l’association, tu seras au cœur de cette fête.
Catherine, Philippe et Cyril, tes enfants, Olivier, Vincent, Julie, Thomas, Chloé, Emilien, Lili, Agathe, Madeleine, Héloïse, tes petits enfants, vous avez eu une chance extraordinaire d’avoir comme parents et grands-parents Marie-Françoise et Gérard, des êtres exceptionnels. Souvenez-vous d’eux. De là où ils sont, ils continueront à veiller sur vous.
Marie-Françoise, Gérard, vous êtes partis tôt, beaucoup trop peut-être pour un jour, la bas, mieux nous accueillir.

Discours de M. le Maire de Montfermeil

Obsèques de monsieur Gérard PRINGAULT ,  adjoint au Maire de Montfermeil

Cher Monsieur Pringault,

Comment tout d’abord remercier votre famille qui si gentiment m’a demandé de prendre la parole, mais nous avions bien l’habitude, le dimanche après la messe de 11h15, d’échanger quelques rapides mots, pour que celui-ci soit un peu plus long.

A votre famille, il revient de dire ce que vous fûtes, ce que vous êtes toujours et à jamais pour eux. Aux Foyers Concorde il revient de dire le fondateur, le directeur que vous fûtes et continuez d’être tant l’empreinte donnée est forte et durable. Il revient au maire de Montfermeil de dire l’homme public que vous fûtes et restez toujours par votre exemplarité.

Votre famille, la grande famille des Foyers Concorde, le Conseil municipal, la ville de Montfermeil et bien des personnes au-delà de ces quelques cercles sont en deuil. Nous pouvons être tristes, c’est légitime, Jésus Christ Lui-même a pleuré sur son ami Lazare et nous sommes tristes. Mais pas seulement car je pense que toute personne vous ayant côtoyé ressent aujourd’hui admiration et reconnaissance.

Vous aviez votre caractère et votre manière à vous de voir et de faire les choses. Vous saviez aussi qu’au soir de votre vie vous entendriez ces deux questions, auxquelles nous aurons tous aussi à répondre. «Qu’as-tu fais de ton talent? » «Qu’as tu fais de ton frère?». Votre talent a été de vous mettre au service de toutes celles et tous ceux dont les circonstances de la vie avaient menacés, compromis, abîmés les talents qui étaient en eux. Vous n’avez cessé de les chercher, de les accueillir, de les rassurer, de les rassurer, de les réhabiliter, d’abord à leurs propres yeux et aux yeux de la société. En un mot, ces sœurs et ses frères vous les avez aimés car vous saviez que c’est l’amour seul qui donne Vie, qui fait grandir. Cette absolue conviction, avec toutes les conséquences, toutes les exigences que cela impliquait pour vous, vous n’avez cessé avec persuasion, avec obstination, sana relâche, sans jamais rien lâcher, de la faire comprendre, de la faire accepter, de la faire adopter et comme dans l’Évangile, parfois, l’on vous donnait moins par générosité et conviction que pour ne plus vous voir revenir à la charge. Vous aviez gagné au bénéfice de celles et ceux qui vous avaient été confiés.

Monsieur Pringault. Vous avez imprimé une marque, une marque de fabrique qui persiste et si les Foyers Concorde se voient aujourd’hui confier par les pouvoirs publics des responsabilités d’une grande complexité c’est parce que votre œuvre est solidement bâtie, digne de confiance, avec des résultats incontestables. Celles et ceux qui ont eut la joie de participer aux quarante ans de l’association gardent à l’esprit et dans le cœur les témoignages de ces jeunes qui vous furent confiés et qui, fiers et heureux, venaient vous dire et nous dire la femme, ou l’homme qu’ils étaient devenus. Dans quelques semaines vous fêterez les 50 ans de l’association. Quelle belle fécondité !

En 1987, vous étiez décoré de la Médaille de l’Éducation surveillée devenue depuis la Médaille d’honneur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Par décret du Président fr la République en date du 31 décembre 1996 vous êtes élevés Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, sur proposition d’Eric Raoult alors Ministre. Vous receviez le 19 janvier 2007 la Médaille d’Honneur de la ville de Montfermeil. Enfin lors de votre départ en retraite en 2012 c’est le préfet de la Seine Saint-Denis qui vous remettait la médaille du Ministère de l’Intérieur. Le 29 mars 2014, vous étiez élu 3e Adjoint au Maire et aviez la charge Loisirs Enfance Jeunesse complété des Affaires scolaires et périscolaires et de la restauration. Vous étiez également au Comité Technique et CHSCT des personnels communaux. Vous représentiez enfin le Conseil municipal auprès du Conseil d’administration du collège Pablo Picasso et de la Mission locale de la Dhuys que vous avez présidé un moment.

Monsieur Pringault. Nous ne provenions pas des mêmes univers intellectuels et politiques et s’il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père, c’est bien dans sa Maison, à l’église, que nous nous retrouvions au-delà de nos différences. Je sais ce que je vous dois, ce que nous vous devons, en vous ayant observé, en vous ayant côtoyé, en ayant travaillé avec vous, et, après ce long apprivoisement, en ayant sollicité votre présence à nos côtés tout comme votre avis sur des sujets parfois épineux, en vous ayant accompagné comme nous avons pu dans la maladie et la disparition de Madame Pringault puis dans votre propre maladie et ici même ce matin.

Oui, cher monsieur Pringault, un très grand merci de, tous, nous avoir aidé à faire fructifier notre talent et celui de nos frères et sœurs. Et puissiez vous intercéder du Ciel pour que Montfermeil, la France, notre monde restent dans la Concorde, ce fruit de l’amour.

Adieu et merci monsieur Pringault

Montfermeil, le 22 mai 2019