Merci M. Junqua

Mado Charbonnier, fidèle adhérente de Concorde, et ancienne directrice de l’AVVEJ 93 (Association Vers la Vie pour l’Education des Jeunes) nous a adressé, à l’attention des personnels, des adhérents et membres du CA, le témoignage qui suit de sa rencontre avec Alain Junqua. Nous le publions avec son accord.

« Je suis arrivée à Bobigny pour prendre la direction d’un service d’AEMO en Janvier 1990. Je suis allée me présenter aux magistrats et en premier lieu au Président du Tribunal pour Enfants : un certain M. Junqua. Il m’a reçu sur rdv, bien sûr, il n’était pas homme à négliger la forme. Notre entretien a duré une heure et demie ; le bougre voulait savoir à qui il aurait à faire et s’il aurait envie de faire affaire ; en effet il s’arrangeait, l’air de rien, pour que de la discussion apparemment banale, jaillisse l’essentiel : les valeurs, le respect de la loi, de la place des jeunes : avant ou après celle des éducateurs? L’espace pour l’humour, bref nous nous sommes quittés poliment mais j’étais certaine que cet homme serait un soutien dans ma fonction, je dirai familièrement que nous parlions pour l’essentiel, dans le travail éducatif, chacun depuis sa place, la même langue.

Et très vite il m’appela pour trouver « la solution » pour un jeune incarcéré incasable. Magistrat exigeant, tenace, toujours gentil et compréhensif mais…mais en attente de résultat et ferme sur cette attente, tant chez M. Junqua l’humain était présent ; pas naïf, non, mais tout faire pour que ça bouge, ça dérange un peu.

Durant ces quelques années de travail commun où il me fit l’honneur de me faire confiance pour gérer des situations complexes, je l’ai rarement vu en colère, même dans nos discussions au cours desquelles nous n’étions pas d’accord ; il savait discuter, écouter et décider, s’en excusant parfois.

Lorsque, bien plus tard, je l’ai retrouvé Président, j’étais tout simplement ravie et fière d’être membre de cette Association ; je pense qu’il a participé sans le savoir à ce que j’adhère aussi aisément à l’AEPC où je me sens naturellement à l’aise. J’avais plaisir, lors de chaque rencontre, à croiser ce sourire, à vivre cette embrassade pudique et chaleureuse, à entendre cet air perpétuel comme une chanson dont on connaît les paroles, convaincu, humaniste.

Pour finir il nous faut retenir, après le départ de M. Junqua qu’être gentil, loin d’être un signe de faiblesse, est une force; la gentillesse est un sentiment noble qui lui ressemblait tellement bien. »

Le 16 novembre 2020