Le lettre n°86Vie des maisons

Journée « Evasion au stade de France » avec les jeunes du DAP 92-93

Il y a des journées qui se racontent d’elles-mêmes, et puis il y a le 15 avril 2026. Le temps d’une journée, les jeunes des DAP 92 et 93 ont quitté leurs lieux de vie habituels pour fouler le parvis du Stade de France — non pour une compétition, mais pour quelque chose de bien plus rare : une parenthèse sans autre obligation que de découvrir, s’amuser et être ensemble. C’est grâce à l’invitation bienveillante de la responsable des inscriptions de l’association Premiers de Cordée que cette aventure a été possible — un geste qui dit tout de ce qu’est l’inclusion lorsqu’elle se pratique plutôt qu’elle ne se décrète.

L’arrivée avait quelque chose d’un peu VIP : places de parking réservées, convergence coordonnée des équipes, badgeage porte A dans l’effervescence d’une foule immense. Une journée pensée pour ceux que la vie ordinaire tient parfois à l’écart — et qui méritaient, pour une fois, d’en être le centre. La consigne, singulièrement libératrice : quartier libre. Chaque binôme d’éducateurs chapotait son groupe à travers le village sportif — taekwondo, escalade, handball, triathlon, handisport, rugby fauteuil. Certains ont enfilé des gants avec la gravité de futurs ceintures noires ; d’autres ont opté pour les sports collectifs, un seul a osé le mur d’escalade Decathlon avec cette détermination propre à ceux qui n’ont pas encore mesuré la hauteur — ce qui est souvent la meilleure façon de commencer.

Au fil des ateliers, nos jeunes ont également côtoyé d’autres profils — ceux pour qui la Journée Évasion est conçue en priorité : des jeunes en situation de handicap venus de structures médico-sociales. Ce brassage a offert une leçon silencieuse mais profonde sur la diversité des parcours. Se retrouver côte à côte sans étiquette ni hiérarchie — c’est l’une des définitions les plus justes du vivre-ensemble et de la solidarité partagée.

L’après-midi réservait le grand rassemblement inter-DAP. Sur un terrain gonflable dressé pour l’occasion, un match DAP 92 contre DAP 93, sept contre sept, sans enjeu de classement — pour le seul plaisir partagé. Écho direct du 3v3 de Lognes en février, amplifié dans l’énergie de ce lieu mythique. Camus disait avoir appris de ses équipiers tout ce qu’il savait sur la morale des hommes — le football enseigne décidément ce que les discours n’atteignent pas. Après le match, un arrêt s’imposa au stand L’Équipe : le véritable Ballon d’Or y trônait en exclusivité — l’imaginaire collectif se matérialisant pour ceux qui n’y accèdent d’ordinaire qu’en photo.

Kylian Mbappé, parrain historique, retenu par un match de Ligue des Champions, avait laissé un message vidéo diffusé dans les vestiaires — voix familière, mots sincères, une façon élégante d’être là sans y être. À sa place, son frère Ethan et leur père avaient fait le déplacement, fidèles à l’engagement de la famille envers l’association. La famille Mbappé ne se résume pas à un nom sur un maillot : elle est la preuve vivante qu’on peut réussir partout sans jamais cesser de revenir là d’où l’on vient.

La visite des coulisses fut un autre moment fort — ces couloirs que foulent les équipes nationales avant les grands soirs, ces vestiaires où se nouent les légendes. Les jeunes sont repartis traversés — un peu plus debout, un peu plus confiants que le monde peut leur faire de la place. Cette Journée Évasion prolonge notre projet Vivre ensemble, Jouer ensemble : le sport comme vecteur de lien, la bienveillance comme étincelle. En montant dans le bus, ils ont dit qu’ils voulaient revenir. On le retiendra.

Un mot enfin, pour saluer chaleureusement les directeurs respectifs du DAP 92 et du DAP 93, dont l’engagement discret et constant a rendu cette journée possible et en a fait une belle réussite. Qu’ils en soient sincèrement remerciés.

 

· Psychologue