Le lettre n°86Vie des maisons

Quand le rideau se lève une dernière fois : nos jeunes au Festival d’Avignon

Ce lundi 6 juillet, il y avait quelque chose de différent au moment de monter dans le trafic. On le sentait. Pour ces jeunes filles, Avignon n’était pas une sortie comme les autres. C’était la conclusion de toute une année de travail, de doutes et de scène.

Depuis novembre, elles retrouvaient tous les quinze jours la compagnie Arlequin, avec Viviane (éducatrice de la maison qui a participé toute l’année également) dans le cadre du projet Impactes. Huit mois d’ateliers. Des moments où les mots ne venaient pas, des séances où ça rigolait, chutait, se trompait, d’autres où quelque chose se mettait enfin en place. Elles ont appris un texte. Elles ont cherché comment le dire, comment tenir leur place, comment être là.

En juin, elles ont joué. Devant un public. L’équipe éducative était là, des éducateurs de la CAMNA aussi, venus les soutenir. Les jambes tremblaient peut-être. Il y a eu des trous, sûrement. Elles l’ont fait quand même, et ça se voyait que ce jour-là comptait.

Avignon comme aboutissement

Le voyage du 6 au 9 juillet, c’était la suite logique. Pas une récompense. Plutôt : elles avaient vécu le théâtre de l’intérieur, autant aller le voir là où il bat le plus fort.

Trois spectacles en quatre jours. Un premier de danse contemporaine, pas évident au départ, mais elles ont accroché, à leur rythme. Une pièce sur la radicalisation et l’amitié, qui a déclenché des discussions qu’on n’attendait pas, directes, parfois vives. Et une troisième sur les violences, difficile, mais portée d’une façon qui laissait de l’espace pour chacune.

Les ateliers

Après chaque spectacle, pas de pause écran. Des ateliers.

Le premier les a ramenées à ce qu’elles connaissaient : respirer, articuler, occuper l’espace, dire un texte. À travers des jeux, dans la bonne humeur. Elles retrouvaient des gestes travaillés pendant des mois, et les regardaient différemment. Tout le monde a participé.

Le deuxième, c’était mettre des mots sur ce qu’elles avaient vu. Pas “j’ai aimé” ou “c’était nul”, mais pourquoi, et quoi exactement. Pour des filles qui ne se donnent pas toujours le droit d’avoir un avis, ce n’était pas si simple.

Le troisième était lié à la danse. Bouger, essayer, ne pas forcément savoir où ça mène. Elles qui avaient travaillé un texte pendant des mois découvraient qu’on peut raconter quelque chose sans prononcer un seul mot.

Ce qu’on en retient

Ces quatre jours ont bouclé la boucle. Elles sont rentrées avec quelque chose de plus, difficile à nommer exactement, mais on l’a vu.

Un seul regret, et il est honnête : ne pas avoir pu choisir. Parce qu’à Avignon, les spectacles ne se passent pas que dans les salles. Dans les rues, les comédiens distribuent des tracts, jouent des bouts de scène, vous arrêtent pour vous convaincre. On se retrouve à hésiter, à avoir envie de plusieurs choses en même temps. Les filles ont vécu ça et elles auraient voulu dire oui à l’une d’elles. Il aurait fallu plus de jours. On y pense pour l’année prochaine ?

Cette saison restera. Pas parce que tout était parfait. Parce que c’était vrai, parce que c’était réel.

 

R. EMONOT

Directrice d’établissement MDF