Ce qui change : les résultats de notre enquête

Merci aux 120 enseignants qui ont répondu à notre questionnaire !

58 % d’entre vous sont enseignants dans des grandes écoles, 24 % dans des universités et 22 % dans des centres de langue.

Nous vous présenterons ce sondage en 3 parties :
  • ce qui a changé dans votre pédagogie en 6 points, ce billet et le suivant,
  • les dispositifs techniques que vous avez utilisés (post à venir en septembre),
  • et enfin ce que vous pensez de l’avenir de votre métier de professeur de langues après ces deux mois exceptionnels (post de conclusion peu de temps après).

1- Les pratiques pédagogiques en ligne ne sont jamais en décalage complet avec les pratiques habituelles en classe. 

Certains ont pu être frustrés à l’oral ou à l’écrit, selon leur propre pédagogie “spontanée” en présentiel, mais chacun a retrouvé en ligne son style pédagogique, sa “posture” préférée.

Expression orale en interaction et CO plus importantes que d’habitude.versus  Moins de focus sur l’oral et plus sur l’écrit

2- Unanimement vous constatez la surcharge de travail, et surtout celle du travail en amont du cours.

Il est évident que le passage à la distance met l’improvisation, la spontanéité hors jeu : tout doit être scénarisé à l’avance. Le plan de cours devient incontournable. Chercher des ressources, les trier, scénariser les cours, se préoccuper de l’alignement pédagogique  : c’est l’ingénierie pédagogique qui prend ici toute son importance. Le temps de formalisation devient plus important : expliciter la démarche et le cadrage pédagogiques à l’étudiant, soigner ses consignes, prévoir tous les aléas du cours en cas de problèmes techniques.

3- Distance physique ne signifie pas distance sociale

C’est la grande surprise pour beaucoup d’entre vous : cette période de confinement a rapproché les enseignants et les étudiants. Situation exceptionnelle, angoisse partagée qui stimule la solidarité ? Le fait est que  vous êtes nombreux à avoir vécu des moments de grande intensité. Preuve que l’enseignement à distance ne signifie pas l’absence de contact et de communication et que la présence est une notion plus compliquée qu’elle ne paraît.

Le contact est plus personnel et nous pouvons davantage entrer en interaction avec chacun de nos étudiants qu’en classe en présentiel. Car tous les étudiants sont à distance égale du professeur avec les cours en ligne alors qu’en classe certains sont plus discrets au fond de la salle.

Plus “intime”, j’ai présenté mon chat pour travailler en A1 les présentations, pris des éléments de ma cuisine pour le vocabulaire, encore plus actionnel malgré le confinement !

“Plus de focus sur les plus discrets en cours. En distanciel, ils se sont révélés plus actifs, je les ai découverts.”

“Rapports plus personnels, chaleureux, dialogue plus facile avec ceux qui en cours présentiel sont timides”. 

“Il y a une solidarité face à la situation. Les étudiants sont plus reconnaissants ; il se rendent compte de l’effort fourni par l’enseignant pour assurer la “continuité pédagogique”.

4- Mais le corps manque 

Indiscutablement, la dimension physique du métier d’enseignant fait cruellement défaut. Ne plus voir vraiment les visages, ne plus capter les expressions,  ne plus pouvoir sentir les synergies se créer dans la classe et être impuissant à les mobiliser est mal vécu, car toute complicité est en partie empêchée par les écrans dispersés. Et comment demander à un prof de langues de rester cloué sur sa chaise et de ne pas circuler entre les étudiants  ?  Dans ce constat on oublie pourtant la voix. La voix d’une personne est aussi importante que son visage, aussi singulière, pourquoi ne pas s’y appuyer davantage dans un cours à distance ? La radio, le podcast gagnent du terrain…

Sur Zoom, l’enseignant est un homme ou une femme “tronc” : on voit, au mieux, le haut du corps. Il/elle est la plupart du temps statique et les gestes sont très limités. On passe du 3D au 2D avec une perte évidente de présence. En cas de partage de l’écran (p. ex. pour montrer un document ou un powerpoint), l’enseignant s’efface presque complètement. C’est presque pire côté étudiants qui sont parfois réduits à une voix quand il faut couper la vidéo pour des raisons techniques. Les réactions sont moins spontanées parce qu’il faut éviter que plusieurs personnes parlent en même temps. Dans l’ensemble les relations sont moins naturelles, plus statiques, avec une perte très significative du non-verbal (langage corporelle, émotions,)”.

“La grande différence est que je me repose habituellement beaucoup sur le langage corporel et que c’est impossible en visio (trop mauvaise connexion pour utiliser les caméras). Et cela me manque beaucoup.”

C’est justement une forme d’intelligence collective qui m’a manqué, la façon dont avance un cours sans qu’on puisse le prévoir à l’avance grâce aux remarques des uns et des autres, l’outil numérique ne permet pas de saisir cette dimension.

5- Une fausse solution : la relation personnelle

Face aux difficultés d’organisation des séances de groupe, on peut préférer “coacher”, et maintenir un bon niveau de communication avec certains étudiants motivés ou plus autonomes. D’une part, ce mode d’enseignement devient très vite impossible à tenir car il s’avère extrêmement chronophage, d’autre part il néglige les potentialités du groupe et laisse de côté les plus faibles.

“Certains élèves peinent beaucoup à suivre, et à trouver leur motivation face à la machine, et le fait qu’ils passent leurs journées collés à l’écran. Je pense qu’il faudrait accorder plus de temps en contact face à face avec chaque élève, pour comprendre ses difficultés.”

“Au fur et à mesure du confinement, j’ai une tendance à prioriser le rapport personnel : j’ai une tendance à penser que je maîtrise mieux mon cours ou mon activité en parlant à la personne et pas au groupe.”

“La relation individuelle est devenue le mode de communication prioritaire, c’est bien, mais trop lourd à gérer avec le temps.”

6- Une découverte de la puissance de certains outils collaboratifs

Si un grand nombre d’enseignants semble avoir recours aux outils classiques (mails, cours organisés sur une plateforme de type MOODLE, recours à des devoirs écrits), certains utilisent avec bonheur des outils collaboratifs et sont agréablement surpris de leurs potentialités. Padlet, Googleform, Googleslide, Framapad sont des outils précieux, apprenons à les utiliser !  Ils permettent au groupe de s’exprimer, au besoin avec de mini-vidéos. Les outils vont évoluer et on va trouver des solutions visuelles fortes pour combler en partie l’absence de corps.

On utilise beaucoup plus un Google doc partagé (qui fait office de tableau partagé) pour centraliser toutes les ressources (document à préparer avant).

“ Le fait d’utiliser un document sur lequel tout le monde peut intervenir permet aux apprenants de travailler ensemble plus efficacement. Pas de perte de temps pour aller au tableau, pas de problème de visibilité.”


Évaluer en ligne

Vous avez eu beaucoup à dire sur cette question : avec l’évaluation apparaît en fait la logique de votre enseignement : comment vous avez demandé à vos étudiants de fournir les preuves de ce que vous avez appris ensemble. Et comment l’avez-vous fait de façon différente à distance ? C’est ce que nous allons voir dans le prochain billet…