Hommage à notre collègue et amie, Sonja

Chères/Chers collègues,

Sonja Piquet nous a quittés discrètement et brutalement le 10 août, au cœur de l’été. Nous n’oublierons pas cette belle personne qu’elle était, généreuse, passionnée, humble, et toujours préoccupée par les questions philosophiques, sociales et environnementales.

Tous ceux qui ont eu la chance de pouvoir travailler avec Sonja souhaitent lui rendre hommage à travers les témoignages ici réunis. Ces textes montrent la profonde gratitude qu’expriment les collègues envers elle après tant d’années d’échanges, de coopération et de partage collégial et souvent amical.

Sonja était un bel exemple d’une vie humaine qui ne s’est pas « repliée comme une huître dans la coquille de son salut personnel » (Jankélévitch). Jamais, elle ne parlait de son moi mais souvent de ses préoccupations concernant l’évolution de nos sociétés. Et pourtant, elle avait toutes les raisons d’être fière de ce qu’elle a réalisé au cours de sa vie professionnelle.

En tant que responsable du département Langues et Humanités à l’ENSICaen-Université de Caen elle a su promouvoir dans son école et au-delà au sein de l’UPLEGESS l’interdisciplinarité fructueuse entre l’enseignement des langues et les Sciences humaines.  Lectrice insatiable, elle savait nourrir son enseignement avec les derniers résultats de recherche d’un grand nombre de disciplines. Apprendre une langue était pour elle bien plus que toujours mieux maîtriser un code linguistique, c’était le mouvement volontariste vers une meilleure compréhension de la complexité du réel. L’état de l’humanité et les risques technologiques et climatiques l’inquiétaient depuis longtemps. L’enjeu du développement durable représentait pour elle un profond et inquiétant souci d’assurer un avenir désirable de l’humanité. Ne cachant à la fin de sa vie de moins en moins son inquiétude, elle cherchait aussi les moindres raisons d’espérer. En guise de gratitude pour tout ce qu’elle a aussi fait pour notre association, en tant que coordinatrice des germanistes et membre du CA, nous avons choisi de lui laisser la parole, en vous faisant partager un mail qu’elle a envoyé à Cécile Lacoin le 26 juin, dans lequel nous la retrouvons si bien… ainsi que l’héritage qu’elle nous a laissé :

« Chère Cécile,

Quel plaisir de recevoir de tes nouvelles ! Cela remonte toute suite le moral !!! Ton enthousiasme est contagieux !!!  Je suis vraiment heureuse de partager ces mêmes préoccupations avec toi. L’humanité arrivera-t-elle à se sortir de l’impasse dont nous sommes tous responsables ? Quand je repense à mon enfance, tout semblait pouvoir durer infiniment. La première alerte était le rapport du club of Rome (the limits of growth) dans les années 70, même si plein de choses étaient exagérées, ce fut un électrochoc. Puis les verts qui entraient au parlement en 1983…. La Cop21 en 2015 comme lueur d’espoir … entre les deux, beaucoup d’autres expériences critiques notamment dans les Alpes. Enfin le quotidien à assurer… notre métier de passion … et puis l’impression de plus en plus pressante qu’il fallait vraiment se mobiliser à notre niveau et l’insatisfaction de disposer de très peu de leviers. Quelles erreurs n’avons-nous pas commises ? Qu’est-ce que nous n’avons pas laisser faire ?

Aujourd’hui ce sont effectivement tous ces questionnements qui sont au premier plan – souvent oppressants, rongeant la conscience, mais quand je vois que les jeunes se mobilisent, cela me réconforte. Sera-ce suffisant ? J’ai des doutes, surtout quand on voit qu’après le confinement tout repart comme avant …. Engloutis dans et par le système. Peut-on en sortir ? Alors, il nous reste notre propre manière de vivre. Peu de choses, mais beaucoup de “peu de choses” finissent par former un flux de plus en plus important. C’est pour cela qu’il faut œuvrer. Nous ne déplaçons certes pas une montagne, mais pleins de petits éléments qui la composent. Voilà aussi pourquoi je ressens une certaine tristesse de ne plus enseigner. Les projets du développement durable et de la responsabilité sociétale auxquels je participe m’aident à garder “un pieds” dans cette réalité – pour moi c’est vital.

Je me doute bien que la biblio ne tombait pas en “terre inconnue”… Merci aussi à toi pour les conseils de lecture et l’indication des émissions sur le site de l’école urbaine que je ne connais pas. Le livre d’Aurélien Barreau n’est pas inintéressant, mais ne m’a pas apporté grand-chose en terme de réflexion. Je ne connais pas “l’événement anthropocène” de C. Bonneuil et J.B. Fressoz. As-tu vu l’article de B. Latour joint ? … et le nouveau livre E. Morin : Changeons de voie

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-25-juin-2020   plus de références ici aussi: https://clubofrome.org/publications/

Sur ce je te souhaite un bel été, profite des tiens… n’oublie pas de lever le pied !!! et continuons à échanger ! »

 

Jörg Eschenauer

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